Les leçons des mangas

9 mars, 2012 9 mars, 2012   9 mars, 2012 0 commentaire

Matière à réflexion : Bernard Petitjean et Corinne da Costa – Seprem Etude & Conseil

 

 

 

Par une sorte de réflexe pavlovien, toute réflexion sur le rôle du numérique en matière de diffusion de l’information et de la culture conduit à regarder du côté des Etats Unis. C’est oublier que le Japon a depuis longtemps fait sa révolution numérique et, qu’au pays du Soleil Levant, les expérimentations ont déjà laissé la place à des industries florissantes.

Dès 2005, 67% des Japonais étaient des utilisateurs d’Internet et le taux de pénétration du téléphone mobile dans les ménages atteignait 85,3%. On estime aujourd’hui que 3 Japonais sur 4 utilisent Internet (ce qui est considérable compte tenu du vieillissement de la population), et que 97% des possesseurs de mobiles ont accès à la 3G.

Ces taux d’équipement exceptionnels se traduisent dans les usages : plus d’un blog sur trois dans le monde est japonais et l’utilisation d’Internet représente plus du quart de tout le temps de contact des nippons avec les médias, et plus de la moitié pour les moins de 30 ans.

Au Japon, l’écrit est un des premiers secteurs à avoir tiré profit du numérique, notamment grâce aux offres développées pour les téléphones mobiles.

Le roman « Koizura », écrit sur portable et pour portable par un auteur anonyme répondant au pseudonyme de Mika (mais sans rapport avec le chanteur éponyme) a été téléchargé plus de 6 millions de fois avant d’être décliné en livres physiques (2,5 millions d’exemplaires), puis en film.

Les mangas ont également joué un rôle de moteur. Ces BD qui représentent  toujours la moitié du milliard et demi d’exemplaires d’ouvrages imprimés chaque année au Japon, sont depuis longtemps disponibles en versions numériques. Ainsi, fin 2010, la société Solmar enregistrait plus de 70 millions de téléchargements par mois pour 30.000 titres disponibles.

Ici encore, le rôle joué par les supports nomades que sont les Smartphones, les tablettes et les liseuses est absolument décisif. Sous l’enseigne 2DFacto, l’éditeur Dai Nippon Printing, l’opérateur téléphonique NTT et plusieurs réseaux de librairies proposent aujourd’hui plus de 100.000 titres de livres, mangas et magazines sur tous les supports, à des prix inférieurs de 10 à 20% à celui de leurs versions imprimées (en France, 20% en moyenne), alors que leurs prix de revient ont baissé de 40% par rapport au papier.

Cet essor des supports numériques n’empêche pas l’imprimé de bien se porter. Les points de vente traditionnels continuent de jouer leur rôle de découverte et de conseil et se sont ouverts à la diffusion numérique, concurrençant ainsi avec succès plus d’un millier de librairies purement électroniques, dont les éditeurs sont généralement actionnaires.

En France, plus d’une BD sur deux est désormais un manga, la guerre des opérateurs téléphoniques fait rage et les tablettes décollent. Il est temps de s’intéresser aux modèles nippons.

Bernard Petitjean (bpetitjean@seprem.fr)
et Corinne da Costa (cdacosta@seprem.fr)

Accédez aux précédents « Matière à Réflexion » sur Facebook et réagissez :
http://www.facebook.com/pages/SEPREM-Etudes-Conseil/207413099281851

 

 

 

Articles en relation :

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier à laisser une réponse.

Laisser un commentaire