Forces et limites du “ journalisme participatif ”

16 mars, 2012 16 mars, 2012   16 mars, 2012 1 commentaire

Matière à réflexion : Bernard Petitjean et Corinne da Costa – Seprem Etude & Conseil

 

 

 

Internet n’est pas que le média qui contient tous les autres (écrit, audio, vidéo). C’est aussi et surtout celui qui permet d’aller beaucoup plus loin dans l’interactivité que les courriers des lecteurs, les appels des auditeurs et les votes des téléspectateurs. D’où le concept de « journalisme participatif » (ou citoyen) dont les traductions méritent d’être regardées de près.

Dans un récent article qu’il a donné  aux « Cahiers du Journalisme » (N° 22/23 – Automne 2011), le Professeur Franck Rébillard, responsable du Laboratoire « Communication Information Médias » de l’Université Paris 3, apporte de précieux éléments pour l’analyse de cette nouvelle façon d’aborder l’information qu’il définit comme « l’intervention de non professionnels dans la production et la diffusion d’informations d’actualité sur Internet ».

Des multiples études analysées par le Pr Rébillard, il faut tout d’abord retenir que le journalisme participatif n’est pas un « journalisme citoyen », dans la mesure où la sociologie des contributeurs ne reflète pas du tout celle des populations consommatrices d’information : 8 à 10% sont journalistes, alors que ces professionnels ne représentent que 0,05% de la population française) ; 15 à 20% sont étudiants, enseignants, chercheurs ou consultants ; les diplômés de l’enseignement supérieur sont très fortement sur-représentés ; enfin, les niveaux d’engagement militant ou associatif des contributeurs sont également très largement supérieurs à la moyenne. Alors que certains imaginaient que le journalisme participatif aurait pour première vertu de donner la parole au peuple pour rééquilibrer le pouvoir des « Chiens de garde » dénoncés par Serge Halimi, force est de constater qu’il prolonge et augmente le pouvoir d’une certaine élite.

Le second intérêt de la synthèse du Pr Rébillard est l’analyse qu’il fait des niveaux d’insertion du contributif au sein de la filière de l’information en ligne.
La phase de « conception » (collecte et rédaction des informations ou commentaires) est très ouverte aux internautes qui jouent un rôle désormais indispensable en tant que témoins des événements.
En revanche, la phase « d’édition » (sélection, vérification, modération, enrichissement et mise en forme de l’information) redevient de plus en plus l’affaire des professionnels attachés au respect du droit, à la déontologie et aux règles de traitement fond/forme.
Enfin, la phase de « diffusion » (acheminement et réacheminement des informations vers les internautes) concerne tout autant les sites des médias traditionnels lorsqu’ils disposent d’espaces conversationnels, que les blogs, les sites autoproclamés participatifs, les médias en ligne tels que Rue 89 qui font appel à des contributeurs, mais aussi à des experts et à des journalistes, et bien sûr les réseaux sociaux.

Le contributif a pris une place qu’il n’avait jamais eu dans la chaine de production et de diffusion de l’information, et c’est tant mieux. Mais il n’a pas pour autant remplacé des professionnels dont le rôle est sans doute encore plus important aujourd’hui qu’hier. Et c’est également tant mieux.

 

Bernard Petitjean (bpetitjean@seprem.fr)
et Corinne da Costa (cdacosta@seprem.fr)

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