Sale temps pour le Web

25 janvier, 2013 25 janvier, 2013   25 janvier, 2013 0 commentaire

Matière à réflexion : Bernard Petitjean et Corinne da Costa – Seprem Etudes & Conseil

 

 

 

La parution quasi simultanée de deux livres, un manifeste et pas mal d’articles allant dans le même sens nous font prendre conscience qu’Internet est au moins aussi souvent perçu comme une fatalité ou « un mal nécessaire » auquel il faut bien s’adapter que comme le chemin de roses qui va nous conduire vers un avenir nécessairement radieux.

Dans « L’emprise numérique, comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies » (Ed. L’échappée), Cédric Biagini nous révèle que les principaux dirigeants de Apple, eBay, Google, HP ou Yahoo ont confié leurs enfants à des écoles pratiquant la pédagogie Waldorf, basée sur l’utilisation du tableau noir, des livres, des crayons et des cahiers et qui exclue totalement tablettes et ordinateurs. Se faisant, ils donnent du crédit aux enseignants et experts pour qui les nouveaux outils numériques fragmentent l’attention, évacuent la recherche raisonnée d’informations, remplacent les faits et leur analyse par l’émotion du spectacle et appauvrissent le vocabulaire et l’orthographe sans lesquels il n’est guère possible de penser.

Dans un entretien donné au « Figaro » (5/01/2013), le philosophe Alain Finkielkraut va dans le même sens lorsqu’il déclare que « l’apprentissage est une incorporation, alors que le numérique est une mise à disposition (…) Loin d’être une solution, le numérique est un véritable problème. Il devrait venir après l’enseignement. S’il en tient lieu, il le dévaste, car il est une dispense d’apprentissage ».

Avec « Pris dans la toile. L’esprit au temps du web » (Gallimard/Le Débat), le philosophe et linguiste italien Raffele Simone considère également que le web et les différents supports numériques sont des « béquilles ». Il va plus loin en critiquant l’idéologie et les valeurs qu’il discerne au travers des postures des défenseurs d’Internet : la « démocratie numérique » qui ne serait qu’un « néo-néolibéralisme » ; les espoirs mis dans la technique et le progrès sans fin qui rappellent les idéologies du sens de l’histoire et leurs cortèges de malheurs ; les réseaux sociaux, « miroirs aux alouettes de la fraternité » ; l’accès inquisitorial à toutes les données personnelles ; l’acceptation de la disparition annoncée des marchands de journaux, disquaires, libraires, bibliothécaires qui conseillent et accompagnent, etc.

L’excellente revue « XXI » enfonce le clou avec son « Manifeste » qui explique la disparition de la valeur ajoutée de la presse par le flot continu d’information, la gratuité, la neutralité qui plait tant aux annonceurs, la culture des « formats » … Evidemment, Internet est en ligne de mire, mais aux côtés de la presse gratuite et de la télévision (dont il est l’avenir), ainsi que de tous les journaux et magazines payants qui jouent la carte du bimédia et acceptent la publicité (ce qui est bien manichéen).

A tous ces arguments, on pourrait, bien sûr, opposer autant de contre arguments. Ce qui est vraiment important dans ce débat qui s’ouvre, c’est justement le débat, le fait que l’on passe de la croyance obligatoire au doute méthodique, à l’observation et à l’analyse.

Bernard Petitjean (bpetitjean@seprem.fr)
et Corinne da Costa (cdacosta@seprem.fr)

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