Quand j’serai grand, j’serai journaliste ! …

29 novembre, 2013 29 novembre, 2013   29 novembre, 2013 0 commentaire

Culture RP a rencontré Edith Rémond, qui enseigne le journalisme à l’école de Bordeaux qu’elle a dirigée pendant 18 ans. Elle préside actuellement la Conférence des Écoles de Journalisme (CEJ) qui regroupe les 14 formations reconnues par la profession. Passionnée par la formation et les étudiants en journalisme, elle enseigne les techniques d’interview, l’écriture et a construit et animé depuis deux ans un laboratoire de data journalisme au sein de l’école bordelaise.

Lors de l’édition 2013 du CNMJ, un rapport Audiens a précisé que le métier connaissait une certaine féminisation depuis quelques années, en particulier en presse écrite. L’enquête « Journalistes, qui êtes-vous ? » menée par le Pôle Younomie de l’Argus de la presse (et qui sera publiée prochainement) semble confirmer également cette tendance avec davantage de femmes chez les jeunes journalistes. De votre côté, vous notez une proportion légèrement plus importante de candidates que de candidats dans les cinq écoles étudiées dans l’étude CEJ sur les candidats aux formations reconnues de journalisme .

Pensez-vous que l’on puisse parler d’une tendance vers une féminisation du journalisme ?

Tous les indicateurs montrent bien qu’en effet la profession de journaliste s’est féminisée. En vingt ans, les femmes sont passées d’une proportion inférieure au quart à une proportion supérieure au tiers. Si la féminisation se poursuit, le processus s’est cependant ralenti.
Sur l’ensemble de la profession, la parité n’est pas encore atteinte, mais en 2010 les journalistes ont dépassé le seuil de 44,5% atteint par les femmes pour l’ensemble de la population active française.
La proportion de femmes est plus élevée parmi les moins de 26 ans et les 26-34 ans.
Mais le nombre de femmes est aussi plus élevé parmi les journalistes en CDD et pigistes : elles représentent 53,4% des pigistes et 57, 9% des CDD contre 42,5% des journalistes en CDI.

Que pensez-vous d’une telle éventualité ?

C’est bien connu : les professions qui se féminisent sont aussi des professions qui perdent en prestige social et en niveau de salaire.
Et si la profession se féminise, les postes de responsabilité sont encore majoritairement occupés par des hommes. Plus jeunes, les femmes journalistes sont globalement moins avancées dans la carrière et sont donc faiblement représentées parmi les cadres. Elles ne sont que 23,9% à être cadres alors que les hommes sont 36,7%. Un rapport de la Délégation aux droits des femmes du Sénat a montré qu’elles occupent moins de 10% de direction stratégique dans les médias. Les pourcentages exacts sont 9,76% pour les chaînes généralistes de télévision, 7,41% pour les radios généralistes, 3,85% pour les quotidiens nationaux et 14,8% pour les magazines. Le rapport dit encore que les femmes sont entre 20 et 30% dans les postes de responsabilité au sens large et plus présentes dans les postes de « second cercle ». Le journalisme politique et économique reste une spécialité à très forte dominante masculine.
En 2010 les chiffres de la commission de la carte ont montré que le pourcentage de femmes rédacteurs en chef avait augmenté, passant de 27,2% en 2000 à 29,9% en 2010. Mais les proportions restent encore faibles. Le pourcentage des femmes chefs de service est passé de 30,6% à 38,7% de 2000 à 2010.
Les femmes sont moins nombreuses que les hommes dans la presse quotidienne (1 pou 4,6) ou à la télévision (1 pour 3,4). En revanche elles sont en nombre presque égal dans la presse professionnelle et technique, et majoritaires dans la presse… féminine.
Elles sont plus représentées dans la presse écrite que dans l’audiovisuel.
Elles perçoivent aussi des revenus moindres. En 2011, les statistiques de la Commission de la carte témoignent qu’elles gagnent 13,4% de moins que les journalistes hommes en CDI.

Le regard que portent les candidats sur le métier vous semble-t-il différent au fil du temps ?

Pas vraiment.les grands mythes professionnels ont la vie dure. Les pratiques des jeunes journalistes changent plus que les stéréotypes sur le métier.

A la lumière de votre expérience, avez-vous noté de nouvelles motivations, de nouvelles aspirations chez les candidats au journalisme (modification de motivations liées aux difficultés du secteur de la presse, liées aux nouvelles technologies et aux nouvelles pratiques…) ?
Nous avons des étudiants très différents les uns des autres. Certains veulent exercer leur profession d’une manière assez classique, pour ne pas dire archaïque. D’autres sont tentés par le data journalisme ou des narrations empruntant tous les outils techniques à leur disposition. Ce métier peut s’exercer de tant de manières différentes que chacun peut trouver un emploi correspondant à ses aspirations et ses envies.

Comment expliquez-vous que malgré les difficultés non masquées du secteur des médias, le nombre de candidats soit toujours aussi élevé ? Pensez-vous que leurs attentes soient en adéquation avec la réalité du secteur ?

Des difficultés, tous les secteurs en connaissent et cette génération préfère se diriger vers un métier qui lui plait plutôt que vers un secteur réputé porteur d’emploi s’il les ennuie. On leur répète tellement depuis leur plus tendre enfance qu’ils n’ont aucun avenir s’ils ne sont pas premiers de la classe, qu’ils sont persuadés qu’ils auront du mal à trouver un emploi quoiqu’ils fassent. Alors autant choisir une voie qui les enthousiasme.
Ceux qui sont dans des écoles reconnues sont dans le meilleur tuyau pour y arriver. Et ils y arriveront. Ce sera plus long que pour leurs aînés mais ça ne fait aucun doute.

Quelles sont les qualités indispensables aujourd’hui pour être un bon journaliste demain?

Les mêmes, exactement, que pour celles et ceux qui partent actuellement à la retraite. Avant tout des qualités humaines d’attention, d’écoute, de respect de l’autre. De la rigueur aussi. Ne rien prendre pour une évidence, bannir les clichés, tordre les sujets dans tous les sens et réfléchir.
Ce qui a changé ce sont les outils de captation et la vitesse de transmission. L’interaction avec les publics aussi. Et c’est pour cela que de solides formations sont encore plus nécessaires aujourd’hui.

Consultez nos sites :
- la formation : www.ijba.u-bordeaux3.fr
- l’association des diplômés : www.ijba-anciens.fr
- le laboratoire de datajournalisme : www.datajournalismelab.fr

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Barbara Letscher

 

 

 


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