David Wall de la Data Room de Canal Plus : la lecture statistique du football

9 janvier, 2015 9 janvier, 2015   9 janvier, 2015 0 commentaire

Cette semaine, le championnat de ligue 1 reprend ses droits après une pause pour cause de trêve hivernale. Une première partie de saison qui a tenu toutes ses promesses sur le terrain mais aussi en plateau avec le lancement, en septembre dernier, de l’émission” la Data Room” sur Canal Plus. Une émission de foot entièrement dédiée à la lecture « scientifique » du jeu grâce notamment au recours à la statistique. Décrypter la Data pour mieux analyser et lire le jeu, c’est quelque chose que David Wall connaît bien en tant que chroniqueur de l’émission et responsable éditorial France chez Opta Sport, une entreprise britannique spécialisée dans la collecte et l’analyse de statistiques sportives.

 

Opta

 

Il a bien voulu nous en parler.

 

Le journaliste de l’Equipe Aurélien Delflosse parle de Data révolution. Qu’en pensez-vous ?

L’utilisation de la Data a vraiment explosé sur ces dix dernières années. Ce sont les clubs pro qui ont commencé et derrière, les médias ont suivi. La richesse des outils de collecte que l’on a à notre disposition nous permet d’aller chercher des statistiques beaucoup plus variées et précises qu’auparavant car on creuse beaucoup plus loin. La révolution, elle est partout. Aujourd’hui, chaque club a son analyste statistique et son analyste vidéo. Cela s’est vraiment généralisé. C’est ce qui explique du coup le développement d’organismes spécialisés dans les statistiques comme notamment Opta.

Qu’est ce que les statistiques vous permettent de voir ?

On a des logiciels qui nous permettent de «tracker», c’est-à-dire de repérer toutes sortes d’informations sur un match de foot. En moyenne, on collecte entre 1500 et 2000 évènements par match. Quand je parle d’évènements, c’est chaque tir, chaque passe, chaque tacle…etc. Chaque année on rajoute de nouvelles catégories.

Quel est votre fonction chez Opta ?

Je m’occupe du bureau éditorial d’Opta France. Nous allons chercher l’information intéressante à travers plus de 2000 types de données. Le plus important pour nous, c’est d’arriver à travers ce magma d’informations statistiques à ressortir les données les plus intéressantes. On est une équipe composée de 5 personnes. Nos clients sont notamment des médias comme Canal +, Bein Sport ou l’Equipe qui nous demandent des informations concernant tel ou tel joueur parce qu’ils les ont en interview ou suite à tel ou tel match pour avoir des éléments d’analyse.

Opta Bandeau article Culture RP

C’est du temps réel ?

Les statistiques sont livrées en temps réel. Quand on analyse un match, on l’analyse en live. On a une personne par équipe qui enregistre et qui collecte tous ce qui se passe avec le ballon. Ces données ensuite rentrent dans notre base et cela nous permet d’alimenter, de nourrir les « Matchs Centers », les tableaux de bord sur le site de l’Equipe ou les chiffres qui apparaissent à l’antenne de Canal + ou de Bein Sport. On produit également des graphiques que l’on appelle des « Heat Maps » qui nous permettent de voir précisément où a évolué le joueur sur le terrain.

Les statistiques ont-elles toujours un sens ?

Parfois, c’est difficile sur un match où il n’y a rien à dire, c’est vrai que là les statistiques seront difficiles à exploiter mais notre rôle chez Opta, étant donné que l’on brasse énormément de données et de chiffres, c’est de ne pas sortir une information qui ne veut rien dire…Par exemple le pourcentage de passes réussies d’un défenseur et d’un attaquant n’a pas le même sens. C’est de notre responsabilité de ne pas raconter n’importe quoi et de ne pas juste utiliser du chiffre juste pour en faire. Notre force est vraiment d’apporter des éléments de contexte et justement, par exemple, de donner du sens à un 0-0 qui peut très bien être mis en valeur grâce à des statistiques bien choisies qui apportent des éléments de compréhension.

Qu’est ce que les statistiques ne voient pas pendant un match ?

On enregistre tout ce qu’il se passe avec le ballon. Si le joueur ne fait pas les efforts ou si l’arrière droit n’est pas monté sur son vis-à-vis, cela, on ne va pas le voir puisque on n’enregistre pas ce qui se passe sans le ballon. Les statistiques nous apportent une vérité mais pas nécessairement toute la vérité sur certains cas. Il y aura toujours des choses qui échapperont à la statistique mais c’est là que rentre en jeu l’éditorialiste ou l’analyste.

L’émission la Data Room existe depuis le 16 septembre. Pouvez-vous me faire un premier bilan, a-t-elle rencontré son public ?

Je n’ai pas les chiffres précis mais la dernière fois que j’en ai parlé avec le directeur de la rédaction des sports de Canal +, il m’a dit que les chiffres étaient légèrement au-dessus de ce qu’ils espéraient. Elle semble avoir trouvé un public même si elle est diffusée le mardi soir. Néanmoins, Cyril Linette l’avait dit-à la base, le but n’était pas de faire de l’audience car il faut vraiment être passionné par les chiffres et la tactique pour suivre cette émission. Cela ne concerne pas tout le monde. Il me semble donc qu’ils sont agréablement surpris même si le succès d’audience n’était pas un objectif à la base.

Quelle est la genèse de cette émission ? C’est Canal + qui vous a contacté ?

On en avait parlé ensemble. On leur avait suggéré de faire une émission où l’on ne parlerait que de statistiques et de chiffres. Cela faisait donc partie d’une réflexion que l’on a eu avec eux et cela s’est concrétisé assez  tard-vers la fin de la saison dernière où ils se sont décidés à faire cette émission vraiment décalée avec des gens qui n’ont pas l’expérience de la télé à part Grégoire Margotton, le présentateur, et Philippe Doucet.  C’est vraiment un pari car dans cette émission, l’analyse des statistiques est vraiment poussée le plus loin possible.

Quel est votre rôle dans cette émission ?

Moi, j’apporte mon analyse d’un point de vue data contrairement à mes collègues qui s’occupent de l’aspect tactique. Je suis vraiment là pour donner du sens aux chiffres et trouver des angles de lecture originaux à travers les chiffres. Je présente également l’équipe type de la journée qui est faite à partir de l’index Opta.

L’index, c’est le classement des meilleurs joueurs du championnat ?

Cet index marche avec plus de 200 catégories statistiques qui sont collectées et mis dans un algorithme. Tout ce qui est réalisé par un joueur dans un match, chaque action d’un joueur reçoit un coefficient. Une passe réussie dans les 30 derniers mètres recevra un meilleur coefficient qu’une passe réussie dans votre camp par exemple. On prend aussi en compte la prise de risque et d’autres aspects du jeu. Cela nous permet de donner un nombre de points et ensuite de convertir en une note sur 100 puis sur 10.

Ibrahimovic, c’est la star incontestée du championnat. Que disent les statistiques ?

Ce qu’elles disent ? Et bien elles confirment ! (Rires) Et c’est ça qui est bien avec un joueur comme Ibrahimovic mais aussi comme Ronaldo ou Messi. Ce sont des joueurs à stats ! Ils accumulent des chiffres phénoménaux. Avec eux, tu as moins besoin de bosser et de te creuser la tête pour aller chercher quelque chose de pertinent comparé à un joueur d’un niveau en-dessous. Ils sont vraiment faits pour les statistiques parce qu’ils accumulent des chiffres incroyables ! Ibrahimovic, depuis qu’il est en France, c’est le numéro 1 des tirs, le numéro 1 des tirs cadrés, des buts et au niveau des passes décisives, il n’est pas loin d’être le premier tout en étant le premier pour les ballons touchés dans la surface ! Quand tu regardes les chiffres, il est le premier de tous les joueurs offensifs du championnat !

 

 

 

Propos recueillis par Alexander Paull

 

 

 

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