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La technologie de demain fera de nous des « produits » connectés

11 février, 2015 11 février, 2015   11 février, 2015 0 commentaire

Culture RP a rencontré Jean-Yves Carabot, CEO de EAZEN Consulting, Telecom Paris Sud, Supelec, ESCP Europe.

Jean-Yves Carabot
Jean-Yves Carabot, pouvez-vous nous expliquer votre parcours et plus particulièrement votre métier dans les médias (TF1, Médi1TV) ?

Après avoir effectué des études théoriques en Université, puis appliquées en Ecole d’Ingénieur, j’ai fini par une école de commerce pour peaufiner mes acquis. J’imagine que ma motivation à l’époque était de comprendre le monde technologique qui nous entourait. La TV était en ce temps l’élément central du foyer quoi de plus intéressant que de comprendre l’envers du décor car j’ai toujours été passionné par l’image et les environnements complexes.

Avant d’atterrir à TF1, j’ai essayé différents métiers comme développeur en SSII ou encore Ingénieur avant-vente au sein d’un groupe de télécommunications anglais.

TF1 a été la découverte de ce milieu des médias, environnement aussi technique que politique. Ce fut une excellente école, véhiculant des valeurs humaines et professionnelles fortes. Il a fallu apprendre à naviguer dans cet environnement peuplé de personnes plus talentueuses les unes que les autres, dans une société médiatiquement ultra exposée. J’ai participé à des projets liés à la transformation des infrastructures et des processus de mise a l’antenne des programmes et de la diffusion qui est passée du traditionnel 4/3 sur notre bonne vieille télé à tube, à la diffusion telle que nous la connaissance aujourd’hui : Haute Définition avec un son mutlicanal, VO etc…. J’ai vu l’arrivée de la TNT et l’extinction de l’analogique terrestre et par la même l’arrivée des nouveaux acteurs TNT mais aussi digitaux qui ont profondément transformé le secteur. Avant de quitter le groupe, j’ai eu l’opportunité de travailler deux ans pour la Régie Publicitaire de TF1 et ainsi mieux comprendre le fonctionnement de la régie, des offres et de ce fabuleux métier. Ce fut aussi l’occasion de développer des compétences de retro ingénierie de processus (BPO) et de stratégie des organisations.

Concernant mon métier à TF1 il comportait différentes facettes. Il y a d’abord l’expertise technique dans les domaines de l’audio et la vidéo professionnelle, qui m’a notamment permis, au nom de TF1, de déposer un brevet sur la 3D. Ce concept de brevet permet de diffuser des programmes 3D avec un minimum d’investissement, c’est à dire sans avoir à modifier les infrastructures ou les réseaux existants.
Ensuite, il y a toute la direction de projets complexes mélangeant les nombreux corps de métiers que font intervenir l’industrie télé : technique audiovisuelle, informatique, mais également réseau, énergie, monteurs, mixeurs…, avec un savoir-faire orienté Client tout en maîtrisant les coûts (budgets de 1 à 20 M€). Ces projets de budgets de complexités variables (développement business, changement, stratégique,…) nécessitaient d’adapter les outils de pilotage aux différents types et contextes projets.

Enfin j’ai pu développer des compétences de lobbying permettant d’orienter les choix technologiques d’associations interprofessionnelles. Pour bien comprendre ce dernier point, il faut savoir que les professionnels se rassemblent au sein de groupes qui ont pour vocation à définir les standards de demain. C’est valable pour l’électronique grand publique et l’informatique (pour définir des standard comme le HDMI, ou l’USB,…) et également pour les diffuseurs (pour définir comment diffuser de la HD en TNT et bientôt la UHD 4K).

A Medi1TV c’est un peu différent, s’agissant d’une chaîne Marocaine, l’accent est plus mis sur le management opérationnel des équipes, l’évolution des systèmes d’information et un projet de renouvellement de l’intégralité des infrastructures de production de la chaîne. Projet qui à nécessiter la rédaction d’un cahier des charges et la conduite d’un appel d’offre pour être a même de choisir le meilleur partenaire à même d’assumer la maîtrise d’œuvre du projet.

Votre métier a beaucoup évolué ces dernières années avec une forte orientation vers le digital notamment, comment avez-vous vu ces changements impacter votre environnement professionnel ? Quelles sont, à votre avis, les innovations ou tendances des 3 prochaines années ?

D’un point de vu purement Système d’Information : les technologies de vidéo professionnelle sont moins impactées par ce qu’on appelle communément le digital que l’activité publicitaire. En revanche les progrès techniques ont tendance à banaliser les outils de vidéo professionnelle de captation, production, et post-production, les rendant de plus en plus accessibles. Ces mêmes progrès laissent entrevoir aujourd’hui des organisations du travail des éditeurs plus économiques (outsourcing, cloud) tout en assurant une qualité optimale.

D’un point de vue plus métier : la télévision, à l’instar de la presse et de la radio est le dernier média historique à avoir connu une transformation de son secteur liée au digital.

Les progrès technologiques, l’amélioration des techniques de compression de la vidéo, l’augmentation des débits des réseaux des particuliers (Adsl, Cable, fibre 3G,4G,…) sont autant d’éléments qui ont permis à l’activité digitale de prendre sa place dans l’écosystème des médias.
L’émergence des réseaux sociaux et surtout l’arrivée des smartphones et tablettes ont changé le mode de consommation de la télévision. On consomme de moins en moins la télévision mais plutôt des programmes en délinéarisé et de plus en plus en mobilité. Cette modification de la consommation TV s’accélère avec l’essor des PurePlayer comme Netflix, Youtube ou Yahoo. Le métier d’éditeur de programmes (achat de programmes, programmation de ces derniers en vu de maximiser l’audience qui est vendue par ailleurs aux agences et annonceurs) est fortement impacté par ces évolutions à la fois technologiques et des habitudes de consommation.

Alors que nous consommons de plus en plus de vidéo (par internet), nous allons consommer de moins en moins de télévision (comme le suppose une récente étude aux USA). Le modèle économique de la publicité sur internet (même des vidéo premium) étant bien moins disant que celui de la TV, l’érosion de l’audience TV en faveur du digital constitue un manque à gagner considérable pour les éditeurs qui ne peuvent espérer le compenser. Ceci impose à la TV de réinventer son business modèle (développement des productions propre, production de concepts innovant, …). Par ailleurs l’investissement technologique pour maîtriser la chaîne de valeur « Digital » est tellement important que de nombreux acteurs « fournisseurs de services » se positionnent rendant la rentabilité digitale moins évidente pour les éditeurs.

Ces acteurs apportent des savoir-faire indispensables pour l’avenir comme le bigdata, le profiling et autre savoir-faire marketing.

Car aujourd’hui ce qu’il manque encore à cet écosystème c’est le lien entre une campagne vendue à un annonceur sur un support et la transformation d’une publicité vue par un internaute en achat. Avec l’arrivée du paiement par terminal mobile (dont Apple fait l’apologie), nous avons aujourd’hui la possibilité d’établir ce lien. Alors que nous sommes aujourd’hui en mesure de connaître à peu près tout d’un internaute ou mobinaute, nous serons demain en mesure de savoir ce qu’il acheté, quand, comment, pour qui et après avoir visionné telle ou telle publicité. Avec l’avènement des objets connectés, ces derniers seront d’autant de sources de renseignements permettant à big brother de tout connaître des personnes connectées. L’informatisation des dossiers médicaux et la généralisation des services de décryptage ADN en BtoC permettront, certes, de prévenir un nombre considérable de maladies et d’accidents, mais seront d’autant de sources d’information qui permettront de vous délivrer la bonne publicité, au bon moment afin de transformer une vente ; Vous venez de faire votre footing quotidien, afin de récupérer plus rapidement on vous proposera une remise sur la nouvelle boisson énergisante disponible dans un shop à 10 minutes d’où vous vous trouvez.

De là à voir apparaître des sites de rencontres basés sur la compatibilité des usages quotidiens et sur les ADN compatibles : ça pourrait bien arriver d’ici 3 ou 4 ans !

En parallèle de vos autres activités vous avez créé en 2013 votre société EAZEN Consulting, quelle est sa vocation ?

Au cours de ma carrière j’ai constaté que beaucoup de chaînes de TV avaient du mal à appréhender leur chaine de valeur de bout en bout, rendant ainsi les projets SI souvent coûteux et ne répondant que partiellement aux besoins client et contraintes changeantes des métiers. Parallèlement à cela, le contexte économique avec les nouveaux entrant digitaux font que la télévision, à l’instar de la presse ou de la radio, doit revisiter son business modèle et sa structure de coûts. Des questions vont se poser, (et se posent déjà) comme la refonte de l’organisation, l’externalisation de compétences métier (offshoring, outsourcing), et l’externalisation des systèmes d’information (Cloud).

Dans ce contexte, EAZEN Consulting à pour vocation d’aider à la fois les chaines de TV et les médias à mieux appréhender leur chaine de valeur et de cette façon à mieux exprimer leurs besoins et à mieux gérer leur projet de refonte. Mais nous aidons également les industriels fournisseurs de solutions à mieux comprendre les problématiques auxquelles sont confrontés les médias pour répondre le plus justement aux besoins exprimés. La contraction du marché des médias, liée à la fois à la segmentation de l’offre publicitaire et à la multiplication du nombre de chaînes de TV rend les projets SI de plus en plus stratégiques : il faut faire les bons choix, ne pas perdre d’argent et délivrer les projets le plus rapidement possible.

 

Jean-Yves Carabot
[email protected]
+331662931702
CEO Eazen Consulting
ma.linkedin.com/in/jycarabot

 

 

Propos recueillis par Carole Mazurier,
Responsable Communication externe de l’Argus de la presse

 

 

 

 

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