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Rencontre avec Morgan Railane de la coopérative de presse CAPresse

31 mars, 2015 31 mars, 2015   31 mars, 2015 0 commentaire

Morgan Railane est le gérant sociétaire et l’un des fondateurs de la coopérative et agence de presse CAPresse. Créée il y a cinq ans, CAPresse a depuis fait du chemin puisqu’elle regroupe aujourd’hui une force vive de plus de 80 pigistes qui sont établis partout en France et dans des pays étrangers comme, par exemple, l’Italie, la Belgique, le Liban et même l’Irak. Les objectifs principaux : mutualiser les compétences pour produire du contenu en commun et former un réseau de pigistes. Au-delà, Morgan Railane et tous les membres de l’agence s’inscrivent dans un projet collaboratif qui met le pigiste et ses intérêts au centre de tout. Le 24 février dernier, il était à Lorient, invité par Profession Pigiste, pour présenter le modèle de CAPresse.

 

CAPresse

 

Parlez-nous en quelques mots de CAPresse et des membres de cette coopérative ?

Nous représentons une espèce de journalistes assez particulière car nous sommes journalistes pigistes. Nous sommes donc tous des indépendants et nous n’appartenons pas à des rédactions sauf pour certains de manière partielle. Nous avons créé une agence de presse il y a maintenant 5 ans, parce que nous avons décidé que nous serions notre propre employeur. Nous mettons en commun nos réseaux, une partie de nos ressources, et tout cela sur la base du volontariat avec un outil qui est à la fois notre employeur et notre agence de presse. Nous signons des contrats commerciaux avec des médias comme ils le font par exemple avec l’AFP. Nous leur fournissons du contenu. C’est une vraie agence de presse dont l’ossature est notre ressource humaine : les pigistes.

Avez-vous une spécialisation ?

Non, nous faisons de tout. En audiovisuel, nous commençons à faire des sujets télé. Nous faisons aussi des documentaires avec des thématiques très spécialisées comme sur le Moyen-Orient, mais aussi le patrimoine. CAPresse est à l’image de ses sociétaires et de ses membres. Nous ne sommes pas spécialisés dans un domaine en particulier, nous sommes une agence spécialisée dans l’ensemble des domaines d’activités de ses membres.

Pouvez-vous me donner des exemples de travaux collaboratifs développés par l’agence et vendus à des clients presse ?

Certains ont appris à faire des POM. Ce sont des produits objets multimédias. C’est un concept récent. Certains d’entre nous, issus d’univers différents (radio, télé et presse écrite), ont appris à travailler ensemble et ont développé ces POM. L’idée est de raconter des faits de l’actualité en y mettant de la photo (ou de l’image), du son et du texte. Ils se sont enrichis de leurs savoir-faire respectifs et aujourd’hui nous produisons et vendons des objets multimédias de 1 minute 30 à 3 minutes qui permettent de raconter différemment une histoire et de livrer de l’information. Autre exemple, si nous vendons un supplément économique pour un hebdo économique, j’appelle 5 confrères pigistes de la région et nous travaillons ensemble, s’ils sont disponibles et s’ils sont d’accord sur le tarif. 10 % vont à l’agence et le reste est réparti au prorata du travail fait par les uns et les autres.

Quel est l’avantage d’avoir un maillage territorial aussi large que le vôtre ?

Aujourd’hui, ce qui est important, c’est la réactivité des pigistes en réseau. Pour vous donner un exemple : si vous êtes spécialisé dans la grande distribution et le commerce à Bordeaux, à part la presse spécialisée et un peu de presse généraliste, cela va être difficile de générer un revenu confortable sur un territoire géographique limité. Par contre grâce au réseau, si quelqu’un de Lille fait un sujet national et qu’il a besoin de quelqu’un à Bordeaux, il sait qui appeler. On se connaît parce que l’on fait partie de la même agence.

Avez-vous des pistes de développement à venir ?

Oui, les idées ne manquent pas. Bientôt, chacun des membres aura un espace de stockage (quelques gigas minimum) disponible sur le site web de CAPresse. Les membres pourront y avoir leur base de données. On pourra vendre leurs photos. Les archives sont intéressantes également car on peut capitaliser dessus pour vendre des dossiers et de l’enquête. Nous avons beaucoup de spécialités ici que nous voulons valoriser car elles ne le sont pas assez aujourd’hui. Le marché a besoin de produits beaucoup plus élaborés. Cela va devenir de plus en plus difficile pour les pigistes. S’ils veulent survivre, ils vont devoir monter en gamme.

Quel autre type de compétences mettez-vous en commun ?

Depuis quelques mois, nous proposons également des traductions. Si un journaliste veut vendre un synopsis sur la thématique de la cuisine japonaise à Pékin, cela peut aussi intéresser un titre dans la presse asiatique. Mais il faut le traduire. Cela tombe bien car dans l’agence, nous parlons le cantonais, le mandarin, l’arabe, le russe, et la plupart des langues européennes naturellement. Il n’y a aucune raison qu’un pigiste français ne puisse pas publier à l’étranger. Tout le monde est content. Le pigiste qui vend son papier et le journaliste traducteur qui traduit l’article.

Votre agence, c’est l’endroit idéal pour un pigiste qui veut être moins seul et se développer ?

Le pigiste est au cœur du projet et c’est lui qui fait vivre l’agence. L’agence gère l’administratif, le réseau, la formation. Les pigistes ne se forment jamais. Là, ils peuvent se former et monter en compétence. Demain, pourquoi ne pas imaginer prendre moins pour l’agence et donner plus au pigiste ou lui payer intégralement sa mutuelle ? En plus, le journaliste est le premier commercial de l’agence. Il a intérêt à faire en sorte que cela marche. Et si quelqu’un décroche une grosse commande, il va s’entourer de gens de l’agence. On ne peut rien proposer de mieux à un pigiste que d’être au centre de sa société où il y a de la clarté et où la gouvernance est partagée.

Justement, comment êtes-vous organisés en termes de gouvernance ?

Le gérant est révocable à chaque réunion et exerce à titre bénévole. C’est un homme-une voix quel que soit le nombre de parts des associés. Tous les pigistes n’en ont pas. Ceux qui veulent en acheter le peuvent et deviennent alors sociétaires avec un droit de vote. Les autres sont simplement usagers de l’agence. Les dividendes sont reversés pour 10 % aux sociétaires, 40 % aux salariés, que l’on soit propriétaire de parts ou pas. Ceux qui créent du chiffre d’affaires doivent être mieux récompensés que ceux qui ont apporté du capital. L’autre moitié des dividendes est mise en réserve.

 

 

 

par Alexander Paull

 

 

 

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