ITW de Rossana Di Vincenzo, vous avez dit Journaliste pigiste ?

9 avril, 2015 9 avril, 2015   9 avril, 2015 0 commentaire

Culture RP a rencontré Rossana Di Vincenzo, journaliste pigiste spécialisée Culture et spectacles.

 

Rossana Di Vincenzo

 

En tant que pigiste, quel est votre approche du métier ?

Quand on est pigiste, la principale chose à retenir c’est qu’il faut être organisé et bien gérer son temps. On travaille aussi souvent de chez soi donc on peut vite se sentir un peu seul ! Il existe des collectifs de pigistes mais je n’en fais pas partie pour l’instant. L’idée c’est d’être le plus proactif possible, être à l’affût, toujours en recherche de sujets, rencontrer du monde, étoffer son réseau, et surtout la règle de base c’est de respecter les deadlines !

Généralement je produis 1 ou 2 article(s) par semaine. En amont cela nécessite de caler des RDV, de préparer les sujets, trouver un angle. En tant que pigiste, c’est important d’essayer d’être pertinent tout de suite avec un angle bien choisi pour accrocher une rédaction. Une fois que le sujet est validé, après ça peut être rapide, les interview peuvent durer 30-40mn mais ça dépend. Généralement, j’enregistre et je prends des notes, souvent il s’agit de phrases qui m’interpellent, des phrases fortes, que j’aurais envie de mettre en avant dans mon article par la suite. Après il y a le temps de rédaction qui peut être plus ou moins long selon les sujets. Et en parallèle de tout ça, je vais voir 2 à 3 spectacles par semaine dont je fais aussi les critiques.

 

Quel usage faites-vous des outils mis à votre disposition par les services et les agences RP (communiqués de presse, conférence de presse, etc.)  ?

Je n’en ai pas grande utilité, ce n’est pas ça qui va déterminer mes choix de spectacles ou d’articles.

J’en reçois mais je ne les lis pas vraiment.

Sauf si j’ai déjà entendu parler d’un artiste ou d’un spectacle et que je pensais justement faire un article dessus. Dans ce cas j’utilise surtout les informations pratiques : durée du spectacle, tarif, N° de téléphone pour réserver, etc.

Je suis beaucoup plus sensible à la prise de contact personnalisée et directe par mail. L’idée de créer du lien.

Des attachés de presse me contactent également via Twitter ce qui fonctionne bien pour moi.

C’est un outil indispensable pour les services RP et les journalistes, même si au début je dois admettre que ce n’était pas trop mon truc ! Je n’utilise pas les autres réseaux sociaux de la même manière : je n’utilise pas beaucoup LinkedIn et Facebook c’est plutôt réservé à la sphère perso.

La démarche RP la plus efficace selon moi ?

Quand les attachés de presse trouvent des connexions, se renseignent sur les sujets qui m’intéressent ou sur ce que j’ai déjà écrit.

En fait, je n’ai pas besoin qu’on m’envoie des communiqués de presse en masse après tout, c’est notre métier d’aller chercher l’info. Quand j’ai débuté, il a fallu que je rattrape toute une culture pour la rubrique sur laquelle j’étais affectée et que je ne connaissais que de loin, alors j’ai lu beaucoup, je me suis renseignée, j’ai regardé des vidéos sur youhumour.com et j’allais voir les commentaires des internautes sur des sites comme billetreduc.com. Et puis une chose en entraîne une autre. Maintenant les attachés de presse me contactent directement et des liens se tissent. C’est important à mon niveau d’essayer un maximum d’entretenir de bonnes relations avec les attachés de presse. C’est utile pour tout le monde, pour elle pour me transmettre une info en direct et pour moi quand j’ai envie d’avoir une interview d’un artiste.

Vous travaillez pour les versions papier et web d’hebdos culturels. Quelle différence faites-vous dans la rédaction des articles pour ces deux types de médias ?

Sur le web on a plus de liberté et c’est plus intéractif, mais il faut toujours penser que l’article est là pour faire du « clic » (dans la mesure du possible!). Ca passe par essayer de trouver un titre accrocheur, des bons intertitres, intégrer des photos, des vidéos, des liens vers d’autres sites (facebook et autres), penser aux bons mots-clés et au multimédia. Les reportages Backstage avec de belles photos par exemple, ça fonctionne bien généralement.
En presse, les formats sont bien définis et la temporalité n’est pas la même. La presse est plus propice aux articles de fond, aux enquêtes approfondies. Et elle est loin d’être morte ! Le nouveau magazine Society montre bien cela : de belles enquêtes de société, ses sujets creusés et originaux, des formats longs. Ca donne envie ! Quand on lit un magazine ou un journal, on prend son temps. Alors que sur le web, la durée de vie de l’article est beaucoup plus courte.
Mais pour moi le web et la presse ne se font pas concurrence. Les deux médias se complètent mais ne s’annulent pas si on sait bien les distinguer.

Que pensez-vous des récents débats autour de la carte de presse ? (cf. Affaire Pascale Clark et Patrick Cohen)

Que Pascale Clark râle car elle n’a plus sa carte de presse, je peux le comprendre, mais toute cette histoire est devenue un peu ridicule. Patrick Cohen qui coupe sa carte de presse, je trouve tout ça un peu déconnecté de la réalité. Il y a environ 40 000 journalistes en France qui ont leur carte seulement et on peut être journaliste sans jamais l’obtenir. Moi je ne l’ai pas par exemple, en tant que pigiste c’est compliqué de l’avoir. J’aime bien Patrick Cohen, mais il y a tellement de journalistes précaires qui n’auront peut être jamais cette carte et qui aimeraient bien l’avoir que sa réaction est du coup un peu indécente.
De toutes façons, ce n’est pas le vrai débat, le vrai débat c’est qu’il y a un vrai problème de précarité chez les journalistes. Le décalage entre l’image de la profession et la réalité du métier est préoccupant. Beaucoup de journalistes multiplient les cdd, les piges, les contrats d’intermittence ou sont obligés d’avoir des petits boulots à côté pour payer leurs factures. C’est une situation très compliquée. Pourtant c’est vraiment un métier extraordinaire ! Etre sur le terrain, rencontrer des gens, donner à voir et à entendre, c’est vraiment génial…

Alors oui, Il faut être prêt à beaucoup de sacrifices, mais ça vaut vraiment le coup 🙂

 

 

Delphine Pachoud, Responsable Avant-vente MAP Institut

 

 

 

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