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Rencontre avec Vincent Ejarque, chef d’édition de l’Opinion

30 avril, 2015 30 avril, 2015   30 avril, 2015 0 commentaire

Lors de la dernière édition du Salon Cross-Média publishing en février dernier, Vincent Ejarque, le chef d’édition du quotidien l’Opinion, était l’un des nombreux professionnels invités à venir partager son expérience auprès du public. Culture RP y était et a pu le rencontrer pour parler du quotidien fondé par Nicolas Beytout et qui fêtera sa deuxième année d’existence le 15 mai prochain.

 

VINCENT EJARQUE pour Culture RP

 

Vous êtes présent à l’Opinion depuis le début de l’aventure. Parlez-nous de ce journal, de votre rôle et des conditions de sa création ?

L’Opinion est le premier quotidien lancé en France depuis plus de 20 ans et l’aventure d’Info Matin. On a monté le quotidien papier et le site Internet en 6 semaines, de début avril au lancement le 15 mai 2013. La particularité de ce média est que sa rédaction travaille toute la journée sur des articles et des informations qui sont diffusées via notre site Internet sur tous les supports numériques (tablettes et mobiles compris via un journal permanent). Mais, en plus, à la différence des pure players, à la fin de la journée, nous avons bouclé un quotidien papier qui est diffusé auprès de nos abonnés et que l’on peut acheter en kiosques.

Quel est votre rôle en tant que chef d’édition ?

Cela fait 20 ans cette année que je travaille en quotidien; mon rôle est prioritairement de boucler l’édition papier qui, contrairement au site Internet, conserve de vraies contraintes industrielles et horaires. L’impression et la diffusion demeurent un travail structuré par ces contraintes. Mon rôle est semblable à celui de tous les chefs d’édition de quotidien: accompagner la rédaction et la rédaction en chef dans l’organisation des sujets pour délivrer, au final, le meilleur produit possible et à l’heure. Lors de la conférence de rédaction, les journalistes proposent leurs sujets articles, la rédaction en chef avance les siens. On établit un chemin de fer de principe, qui évolue beaucoup en cours de journée. J’effectue ensuite, avec mon adjoint, un travail de relecture, de coupes et d’éditing des articles, d’iconographies, de réalisations d’infographie avec nos deux graphistes. En fin de journée, je suis en relation avec les imprimeries pour leur transmettre le PDF du journal finalisé et je m’occupe des différentes éditions numériques du jour.

 

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Vous publiez combien de pages par jour ?

L’Opinion est un journal de 8 pages, 12 si le volume publicitaires est important. Sur ces 8 pages, il y a presque 90 000 signes. C’est un gros volume de travail qui est compensé par le fait que la maquette a été simplifiée au maximum. Nous assumons son côté janséniste car le parti pris de départ, c’est le fond. Nous sommes une rédaction dont les membres, tous des seniors et des pointures dans leur domaine, apportent aux lecteurs des analyses et du décryptage. La maquette doit être lisible et cohérente et c’est le choix des sujets qui fait la hiérarchie du journal, pas son design.

Comment s’organise la répartition des productions entre le papier et le Web ?

Lorsque l’on fait un quotidien papier, on a un horaire de bouclage qui est très précis. On boucle à 19h45. Néanmoins, de mon point de vue, l’heure de bouclage d’un journal n’a aujourd’hui plus d’importance. Aujourd’hui avec le Web, si une info tombe après publication, le site internet permet de développer ou de prolonger l’information. En termes de publication, on a fait le choix d’être en web first. C’est-à-dire que l’intégralité des contenus que vous trouvez dans le journal le matin est disponible depuis la veille, sur tablettes, smartphones et liseuses, au fur et à mesure de sa publication. Au final, tous les articles du print sont publiés sur le site alors que les articles du site ne sont pas tous publiés dans le journal.

L’opinion est donc disponible sur papier, sur le Web mais aussi sur tablettes et smartphones. La publication Cross Média est-elle devenue indispensable ?

Il n’y a qu’à constater l’effondrement des ventes de journaux en kiosques pour répondre à cette question. Aujourd’hui, un média qui n’est pas présent sur le Web se coupe de tout une population qui ne va plus ou qui – pour les plus jeunes – n’ira jamais jusqu’à un kiosque acheter un journal. En outre, tant que les quotidiens proposeront des informations que l’on peut trouver sur le Web 6 à 8 heures avant, ils ne cesseront de perdre des lecteurs. Cependant, aucun quotidien ne peut se passer aujourd’hui de l’édition papier puisque le chiffre d’affaires publicitaire est en grande partie réalisé grâce au papier.

Vous dites que les annonceurs préfèrent le papier ?

Les annonceurs sont encore nombreux sur le papier parce qu’ils sont encore nombreux à estimer que certaines cibles ne peuvent être touchées que d’une manière très ciblée, grâce à un contenu éditorial extrêmement pointu. L’Opinion offre un point de vue et le partage sur tous les supports, papier ou numériques. Mais, pour l’anecdote, on notera que ce n’est pas le Web qui a inventé la viralisation des contenus. Laissez un quotidien papier sur un comptoir de café: vous allez voir entre combien de mains il va passer…

En tant que chef d’édition, vous ne pensez donc pas que le papier est amené à disparaître et que les formats numériques prendront le dessus ?

Non je ne pense pas que le papier va disparaître, par contre, je pense que certains journaux vont disparaître. C’est une réalité. Aujourd’hui, on a une presse quotidienne qui ne gagne pas ou très peu d’argent lorsqu’elle en gagne. L’Opinion, en plus d’être un projet éditorial, est un projet d’entreprise. Il y a un business plan avec un équilibre à trouver via les abonnés.

Vous ciblez également un lectorat bien spécifique ?

On ne trouve pas l’Opinion par hasard. Un journal comme l’Opinion – qui s’intéresse à la politique, à l’économie et à l’international – vise un lectorat qualifié. C’est-à-dire que, lorsque l’on réalise une page entière expliquant de manière très claire, très simple, très renseignée (et très sourcée) l’évolution de la politique diplomatique russe en Syrie, il faut que les gens s’y intéressent. Or, nous savons que nos lecteurs s’y intéressent. On ne va pas faire le compte-rendu quotidien de la guerre en Syrie mais, en revanche, le jour où on a quelque chose de pertinent à dire, on en parle. Aujourd’hui, de mon point de vue, un média qui vise un lectorat qualifié doit se positionner de cette manière là. Il n’y a plus de lectorat pour un journal encyclopédique, celui qui vous rapporte toutes les nouvelles du monde. Aujourd’hui, ces informations viennent à vous sans que vous les ayez demandées. Certes, elles viennent à vous de manière parcellaire, incomplète et parfois fausse, mais vous y avez accès en nombre.

L’émergence du Web a été une problématique majeure pour de nombreux journaux ?

Je pense que les éditeurs de journaux ont sous estimé la capacité du Web à attirer les annonceurs grâce à sa créativité. Ils ne l’ont pas vu arriver et, quelque part, ils ont laissé le Web jouer tout seul trop longtemps. Il y a eu deux vagues. D’abord l’irruption du web et la création des pure players d’information puis il y a eu l’apparition des médias sociaux qui a fait autant de mal que de bien. Du mal parce qu’ils véhiculent des informations non vérifiées, des rumeurs ou des carrément des tentatives de manipulations en temps réel; du bien parce que, grâce à eux, les journaux ont pu toucher une audience élargie. Aujourd’hui, le journaliste doit être le VRP de l’information qu’il véhicule. Pour certains, c’est difficile. Dès qu’un article est en ligne, le journaliste doit basculer sur Twitter, sur Linkedin ou sur Facebook pour faire la promotion de son article. Ses collègues retweetent son article et ainsi de suite. Certains journalistes de l’Opinion ont des dizaines de milliers de followers et toutes ces personnes sont considérées comme des abonnés potentiels. Le recrutement des abonnés se fait désormais également par cette forme de marketing direct.

 

 

par Alexander Paull

 

 

 

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