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Paul-Alexis Bernard :  » Il faut que l’on raconte de belles histoires et on doit les livrer sur les bons supports au bon moment »

4 mai, 2015 4 mai, 2015   4 mai, 2015 0 commentaire

En janvier dernier, plusieurs journalistes du groupe Centre France-La Montagne embarquaient à bord du camion connecté du journaliste et formateur belge Damien Van Achter. Le but : les former aux nouvelles pratiques digitales grâce à la « newsroom mobile » de Damien Van Achter. C’est Paul-Alexis Bernard, journaliste et développeur éditorial, en charge de l’évolution digitale des contenus et des pratiques au sein du groupe Centre France-La Montagne, qui a été à l’initiative de ce Road Trip. Nous sommes revenus avec lui sur cet évènement.

Paul-Alexis, quel était le but de ce Road Trip connecté ?

L’idée était de faire venir Damien Van Achter avec son van connecté pour sortir les confrères de leur quotidien au sein de la locale ainsi que des contraintes liées à la fabrication industrielle d’un journal, tel qu’ils le vivent tous les jours. Ils se sont trouvés en pleine mobilité dans une proximité avec les sources et les audiences. L’objectif n’est pas de remplacer les locales par des camions connectés. En revanche, c’est un excellent moyen de mettre des confrères dans une configuration où on facilite leur montée en compétences et l’évolution de leurs pratiques sur les questions digitales.

L’idée était également de leur faire prendre conscience qu’il y a d’autres manières de penser et pratiquer leur métier.

Redac Mobile Road Trip connecté Centre France-La Montagne

 

Pourquoi avoir fait appel à Damian Van Achter et à sa rédaction mobile ?

Damien est un excellent formateur lorsqu’il s’agît de faire évoluer les pratiques en équipe et de monter en compétence sur les outils. Il a fait avec eux de la vidéo, y compris avec des tablettes, puis ils ont travaillé les réseaux sociaux, et ils ont trifouillé un peu de code quand c’était nécessaire. Il leur a vraiment montré des pratiques très digitales, très connectées. Ils ont pu découvrir une relation différente avec la narration, car le fait de se balader et de raconter une histoire au format Road Trip, cela les a fait appréhender une nouvelle manière de fabriquer l’information.

Damian Van Achter rédaction mobile Centre France-La Montagne

 

L’idée d’un journaliste connecté en permanence, est-ce inéluctable ?

En tout cas, il ne peut pas vivre en dehors des connections. Il y a des types d’activités journalistiques qui ne nécessitent pas forcément d’être hyper connecté. Je refuse de considérer qu’un journaliste qui n’est pas sur les réseaux sociaux n’est pas un bon journaliste ou que c’est une faute professionnelle. C’est absurde. On ne fera pas progresser nos pratiques si l’on oblige les confrères. L’idée n’est pas de modéliser la parfaite rédaction du futur et de dire précisément comment les rédactions locales devront travailler demain. L’enjeu, c’est de placer les confrères dans une logique de changement progressif.

Dans le cadre de la rédaction mobile, les confrères ont vécu cette expérience de manière très positive et, aujourd’hui, ils ont une boîte à outils très intéressante qui va s’intégrer petit à petit à leurs pratiques. Tout muter d’un coup, c’est très difficile. Si on dit à un journaliste que, dès demain, il va devoir tweeter, faire des formats totalement différents, apprivoiser la vidéo ou bien la data, cela ne marchera pas. Il faut donc qu’ils s’approprient les choses petit à petit.

C’est comme cela que l’on a décidé d’avancer.

Les nouveaux usages et ces nouvelles pratiques ne représentent-elles pas une plus grande charge de travail ?

Redac Mobile Centre France-La Montagne

 

C’est peut-être plus divers et donc plus complexe à appréhender. En revanche, en ce qui concerne la charge de travail, c’est une question de choix. Si ce nouveau processus de fabrication de l’information est pertinent, si on juge qu’il faut que l’on s’en empare, et bien tout ce que l’on fera de nouveau ou de différent sera compensé par le fait qu’il y a d’autres choses que l’on ne fera plus. On gagnera du temps sur d’autres pratiques, là où on a moins de création de valeur.

Quels autres types d’expérimentations avez-vous menés ?

On mène plusieurs expérimentations en même temps – en ce moment, une vingtaine. On a par exemple récemment demandé à des journalistes de gérer leur propre page Facebook à l’échelle d’une édition locale. On a mené cette expérience à Issoire qui est une locale de La Montagne. Ils ont fait ça pendant deux mois, ils s’en sont emparés, ils ont eu des idées. Ils n’ont pas publié que des infos. Ils échangeaient avec les internautes et récupéraient des informations qu’ils n’auraient pas trouvées ailleurs. Au bout de deux mois, l’audience de leur rubrique sur le site La Montagne avait gagné 70 % là où les autres progressaient seulement de 25% ou 30 %. On mesure très clairement le progrès.

Vous avez également récemment réalisé une carte interactive de “Clermont la nuit”. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette expérimentation éditoriale ?

Au lieu de publier une simple série de papiers sur “Clermont la nuit” dans le journal ou sur le site internet, on s’est demandé comment traiter cette thématique autrement ? Du coup, on a utilisé un outil gratuit, que beaucoup de médias utilisent. Il permet de visualiser la narration à la fois dans l’espace et dans le temps. Par ailleurs, il ne s’agît pas que de jouer avec les outils, le camion, les tablettes etc.

Il faut aussi que l’on crée de la valeur, de l’audience et que l’on ait des résultats.

Aujourd’hui, les outils à disposition vous permettent-ils de tout faire ?

Ce n’est pas le problème des outils mais plutôt celui de la compétence. Aujourd’hui, par exemple, on peut faire beaucoup de choses. Néanmoins, ce n’est pas parce que le téléphone permet de faire des photos et que l’on demande à un confrère de rapporter qu’elles seront bien faites. J’attache beaucoup d’importance à la formation et à l’accompagnement au-delà de la formation. Cela se joue beaucoup là-dessus. Les outils, on les a. D’ailleurs, le problème des outils, ce n’est pas que l’on n’en a pas assez, c’est plutôt qu’ils changent tous les ans.

Est-ce que le digital représente pour la Presse Quotidienne Régionale un moyen d’être plus proche de son lectorat ?

En tant que média de PQR, on a un niveau de proximité et de connaissance du territoire qui est fort. On s’adresse à des gens qui sont clairement intéressés à un territoire ou à un quartier. On crée forcément plus de proximité et donc plus de valeur avec ce lectorat.
Ce rapport de proximité a toujours existé. Le digital, c’est juste une continuité. Cela accélère, cela facilite et cela décuple la relation que l’on peut avoir avec les lecteurs. Ils participent et réagissent au contenu parce que l’on raconte des histoires qui les concernent.

Pour un groupe de presse tel que le vôtre, quel est le but premier des développements digitaux ?

Créer de la valeur au sens large. C’est-à-dire créer de la valeur éditoriale qui générera de l’audience. Ce qui fera que, d’une part, les lecteurs paieront pour du contenu et que, d’autre part, les annonceurs voudront avoir de la visibilité au sein de cet environnement éditorial. Il faut que l’on raconte de belles histoires et on doit les livrer sur les bons supports au bon moment.

Quelles perspectives pour le papier ?

Dans un groupe de PQR, on crée encore aujourd’hui plus de valeur avec le papier qu’avec le web. On sait que, petit à petit, ce sera moins le cas. Même si nous en générons déjà aujourd’hui, la part du digital dans le chiffre d’affaires de n’importe quel groupe de presse doit augmenter. C’est pourquoi, la rédaction se met progressivement en ordre de marche pour pouvoir le faire.

On va faire évoluer nos pratiques en fonction de là où l’on livre l’information. Du coup, plus on digitalisera nos clients, plus on digitalisera nos pratiques. Néanmoins, je ne pense pas que je verrai la mort du papier de mon vivant. D’ailleurs, on peut encore innover et créer de la valeur avec le papier. Peut-être que demain, par exemple, nous ferons des journaux avec une temporalité différente et que l’on ne produira plus que des éditions quotidiennes digitales ? Ce qui est rassurant pour les journalistes, c’est que le job ne changera pas fondamentalement. Notre travail est de raconter des histoires. Quelle que soit la temporalité, le support ou le format.

Une vidéo réalisée à l’occasion du Roadtrip

 

Propos recueillis par Alexander Paull

 

 

 

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