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Le journalisme doit-il être instantanéité ?

26 avril, 2016 26 avril, 2016   26 avril, 2016 0 commentaire

Le culte du présent et de l’immédiateté semble être une caractéristique de nos sociétés. La vitesse s’impose comme une évidence. « Hyper connectés », nous serions entrés pleinement dans la société de l’information et du « real time ». Mais tout doit-il pour autant être instantanéité ?

Selon Adeline Wrona, professeure des Universités au CELSA, l’instantanéité existe depuis toujours et se transforme sans cesse. Déjà au XIXème siècle l’écrivain, Emile Zola, dépeignait le rythme de l’information en ces termes : « Le goût de l’actualité aidant, nous en sommes arrivés à cette fièvre d’informations immédiates et brutales ». En rappelant cette citation, la chercheuse pointe combien la société recycle certaines peurs et croyances à l’égard de l’information et de sa production. Mais également la façon dont le journalisme doit évoluer structurellement : repenser ses propres standards, ses pratiques et ses formats en fonction de la société qu’il prend pour cadre.

Culte de l’instantané

Le journalisme fait l’objet d’un débat sur l’accélération. La polarisation du travail éditorial au travers des notions de « fast » ou de « slow » démontre à quel point le corps de métier se questionne sur les transformations médiatiques, sur les modalités de production et de consommation de l’information. Le magazine Society s’est par exemple, parmi beaucoup d’autres, illustré récemment en s’inscrivant à contre-courant du fast journalisme en proposant de longs dossiers thématiques.

Selon le philosophe Bernard Stiegler l’information est « ce qui n’a de valeur que parce qu’elle la perd » : le temps s’inscrit directement dans une logique de valorisation de l’information. Toutefois, le fast et le slow journalismes apparaissent néanmoins comme des représentations fantasmées du travail journalistique. Ces concepts reposent tous deux sur une prétention communicationnelle, celle d’avoir une pleine maîtrise sur la temporalité.

Au-delà du cadre temporel de l’information, être un journaliste c’est avant tout savoir observer, vérifier les informations pour mieux les assumer. Appréhender les modalités permettant de produire, consommer et faire circuler l’information. Les discours portant sur l’instantanéité prennent pour appui le développement des médias numériques, selon l’idée reçue que désormais « tout communique »… De son côté, Michèle Léridon, directrice de l’Information de l’AFP, l’informatisation n’est pas un phénomène récent; elle existe depuis les années 70 au sein de l’agence de presse. Le changement vient des individus désormais munis de smartphones et producteurs de contenus. Ces derniers s’improvisent reporters lorsqu’ils assistent à des événements. Ils détiennent souvent l’information avant les médias.

Le culte de l’urgence presse ainsi le monde du journalisme d’adopter des dispositifs toujours plus rapides pour médiatiser l’information. Twitter, et maintenant Périscope s’inscrivent dans une fascination pour le live, pour le « streaming informationnel » : l’information deviendrait re-présentation, c’est-à-dire résurrection du réel. Et comme le souligne Erik Orsenna, l’instantanéité et la « profusion » de l’information demandent un certain recul : « Il y a une boulimie d’information générale sans choix. Plus que jamais nous avons besoin de journalisme, de hiérarchie, de tri ». L’une des composantes du travail du journaliste serait alors de prendre du temps pour analyser ce qui se passe et ce qui se déplace.

Le journalisme, c’est prendre son temps

Le journalisme est confronté aux exigences impérieuses de l’immédiateté. À son époque le sociologue, Baudrillard, avait déjà analysé ce fantasme de l’instantanéité dans son livre “La société de consommation” : « Partout, c’est le cinéma vérité, le reportage en direct, la photo choc, le témoignage-document qui est recherché, c’est le cœur de l’événement, le cœur de la bagarre, le in vivo, le face à face, le vertige d’une présence totale à l’événement, le grand frisson du vécu (…). Ce qui compte c’est donc le fait d’y être sans y être ».

Face au discours sur le « real time » qui met dans l’urgence la profession de journaliste, il faudrait prendre son temps pour délivrer l’information. Les journalistes sont investis d’une responsabilité sociétale, comme l’explique Michèle Léridon : “lors des attentats du Bataclan les journalistes de l’AFP ont pris du temps pour parler des événements. Seul un effort de recul et de distanciation permettait de se prémunir de tout type de rumeurs pouvant circuler sur les réseaux sociaux. Mais la profession ne peut pas ignorer ces individus munis de Smartphones qui médiatisent à leur manière les événements”…

Retrouvez la suite de l’article sur INfluencia : ici 

 

 

Article écrit par VALENTIN LEFEBVRE, étudiant au Celsa en master 2 “Communication Médias et numérique” il se penche sur les transformations médiatiques et sociétales liées à Internet. Planneur stratégique junior, Valentin est passionné par les sciences humaines et les nouvelles technologies, il pense que la communication aide à mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons.

Twitter : @lefebvre_val / @CELSAMISC

 

 

Marc MichielsRédacteur en Chef.

 

 

 

 

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