Notre devoir de confiance en cette année électorale

12 janvier, 2017 12 janvier, 2017   12 janvier, 2017 0 commentaire

L’année 2016 vient de s’achever et avec elle l’illusion d’un monde pyramidal et descendant, linéaire. Il aura fallu la surprise du Brexit et l’invraisemblable campagne présidentielle américaine pour prendre conscience de la bascule dans un monde inconnu et imprévisible. Car, ce monde qui reposait sur une « intelligentsia » au pouvoir parce que compétente et érudite est mort. L’incapacité de nos dirigeants, journalistes et intellectuels à entrer en empathie avec les attentes profondes de la population et le cas échéant d’agir en son nom a enclenché une spirale de la défiance qu’il est maintenant difficile d’arrêter.

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Par conséquent les logiques d’influence habituelles, les mécaniques traditionnelles de mobilisation de l’opinion publique et de diffusion classique de l’information ne fonctionnent plus ou produisent en tout cas des effets différents. On a vu que pendant la campagne électorale américaine les mécaniques de communication politique onéreuse mais efficaces d’il y a 4 ou 8 ans se sont révélées inefficaces et même contreproductives. Elles ont même entretenu l’illusion du monde d’avant et ont accéléré les cassures sociales. En dénonçant par exemple les extravagances de M. Trump sur les médias sociaux, les médias ont joué son jeu. En s’acharnant à expliquer aux britanniques l’intérêt de rester au sein de l’Union Européenne, les médias, les intellectuels et les politiques n’ont finalement réussi qu’à exacerber la colère d’une population davantage convaincue qu’il faut contester le pouvoir en place, que l’Europe.

Dans ce nouveau monde où la défiance devient une posture identitaire, les ressorts habituels ne fonctionnent plus. La rationalité est désormais d’une utilité très relative pour convaincre : le recours à la science est sans effet et la vérité des faits et des chiffres est plus que jamais challengée. Car partout dans le monde occidental et en France en particulier la confiance dans ce qui représente l’autorité s’évapore. Et sans confiance, rien ne fonctionne plus.

En France, ce déficit de confiance est naturellement à mettre au compte d’une situation économique moribonde et au creusement des inégalités. Mais cette crise de confiance est aussi à relier à un rapport au progrès bouleversé, à une perte de repères dans un monde qui s’est libéralisé et mondialisé. La foi dans la science et la technologie a laissé place à une défiance sur leurs implications sociétales, comme l’avait montré le Trust Barometer 2015 d’EDELMAN. Certains avancent aussi que cette crise de confiance est entretenue par le nouveau rôle que jouent les médias sociaux et l’ère numérique. Il est vrai que désormais les colères s’expriment facilement sans gage de véracité ou de crédibilité, elles s’agrègent et s’entretiennent. Le recours aux moteurs de recherche permet d’aller chercher l’information qui renforce la certitude. Au final, des bulles de défiance s’alimentent et se renforcent et créent des communautés de citoyens nourris d’opinions faciles. Le Trust Barometer 2016 a toutefois montré l’année dernière que seul l’indice de confiance dans l’entreprise progressait et ce de manière spectaculaire (+14 points). Les français reconnaissent désormais dans l’entreprise une capacité à contribuer à la résolution des grands problèmes de société comme l’emploi, les sujets environnementaux et sociaux. L’entreprise a donc une opportunité sans précédent de jouer à plein ce rôle d’acteur sociétal incontournable qu’elle a tant revendiqué.

Dans ce contexte, nous les “communicants”, nous les “conseils en communication” qui n’avons rien vu venir en Grande Bretagne et qui sommes « tombés de l’armoire » en découvrant les résultats des élections US, nous avons une double responsabilité. Celle d’abord de ne pas incarner ce fameux establishment déconnecté qui vit hors sol dans les beaux quartiers. Nous devons plus que jamais être cette courroie de transmission entre les opinions publiques et les décideurs. Mais nous devons aussi tout faire pour que l’entreprise utilise à bon escient ce nouveau capital confiance pour développer son influence positive. C’est notre responsabilité que la communication réconcilie plus qu’elle ne divise, qu’elle rassemble et crée du lien, loin du cynisme ambiant.

Notre responsabilité dans ce monde fragilisé, c’est de re-créer les conditions de la confiance.
Faisons le vœu qu’en 2017, notre profession saura ainsi déjouer les pièges que lui tendent les populismes.

 

Nicolas Narcisse / @nnarcisse / Chief strategy officer ELAN EDELMAN

 

 

 

Nicolas Jaunet, Directeur Marketing & Communication de l’Argus de la presse et fondateur du blog Culture RP.

 

 

 

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