Regards d’influenceuses : l’expérience de Christelle Huet-Gomez, d’Anne Lataillade et de Céline Rivier

6 novembre, 2017 6 novembre, 2017   6 novembre, 2017 0 commentaire

Dans le cadre de l’étude exclusive “Rôle des Influenceurs sur les réseaux sociaux auprès des consommateurs” réalisée par l’Argus de la presse | Groupe Cision et en collaboration avec IPSOS, Culture RP a souhaité interviewer des influenceurs dans le domaine de la cuisine.

Nous avons contacté trois influenceuses culinaires qui nous décrivent leurs expériences uniques avec une vision propre à chacune :

 

Influenceuses culinaires

 

Présentez-nous votre parcours, les raisons de cette passion et comment vous en être arrivé là ?

Christelle Huet-Gomez : “J’ai commencé ma carrière en tant qu’auditeur financier. Ce métier ne me convenant pas, j’ai passé un CAPES d’histoire-géographie et suis devenue professeur en collège. La passion de l’écriture m’a poussé à mettre cette carrière entre parenthèses pour me consacrer aux livres jeunesse. Après 7 ans d’écriture et une centaine de livres publiés, c’est la passion de la pâtisserie qui prend le relais. Je deviens donc blogueuse pâtisserie et auteure de livres de cuisine. Aujourd’hui, je vis de ce métier. Ma passion pour la pâtisserie est née il y a 5 ans, après avoir suivi l’émission “Le meilleur pâtissier” sur M6. J’ai ensuite tenté le casting que je ne n’ai pas réussi, mais qui m’a permis de me perfectionner. Quand j’ai appris que je n’étais pas retenue pour l’émission, j’ai décidé d’ouvrir mon blog Il était une fois la pâtisserie. C’était il y a 4 ans et demi.”

Anne Lataillade : “Je suis diplômée d’une Ecole de Commerce et vis à Bordeaux. C’est en 2005 que je créé mon blog de recettes suite à la découverte d’allergies alimentaires chez mes enfants. Le succès rapidement au rendez-vous me conduit vers une nouvelle voie professionnelle. Aujourd’hui je gère à plein temps Papilles et Pupilles (3 millions de visiteurs uniques chaque mois), crée des recettes, photographie, produis du contenu éditorial (gastronomie et voyage) et écris des guides touristiques (Un Grand Weekend à Bordeaux – Hachette 2017). Je conseille également les entreprises en matière de stratégie digitale et de brand content.”

Céline Rivier : “Je suis diplômée d’un bac +5 en marketing et stratégie, j’ai travaillé 6 ans en tant que responsable marketing dans un grand groupe informatique. Depuis toute petite, j’ai toujours beaucoup aimé cuisiner pour ma famille et mes amis. En 2011, mes amis m’ont poussé à créer un blog pour partager mes recettes et mes réalisations. Pas tellement convaincue, je m’y suis pourtant mise petit à petit et face à l’accueil, aux commentaires, et à l’enthousiasme de mes followers, je m’y suis prise au jeu et j’ai eu envie de partager de plus en plus mes recettes et les événements auxquels je suis amené à participer. De fil en aiguille j’ai été appelé pour participer à une émission pour France 2, la semaine d’après mon intervention l’équipe m’a proposé d’intégrer la brigade de chroniqueurs cuisine et … une telle opportunité de ne refuse pas ! Depuis, j’ai quitté mon travail en marketing pour monter ma structure. Je suis désormais consultante en marketing culinaire et travailler pour de nombreux groupes : de la TPE aux grands groupes internationaux.”


Quels sont les items importants de l’influence et les tendances de l’univers de la cuisine. Quels sont les 4# majeurs importants dans votre communication ?

C.H-G. : “Les tendances changent très vite et il est assez difficile de les suivre. Je le fais quand je peux, mais je ne m’y oblige pas. J’utilise des # sur instagram. Ceux que j’utilise le plus sont très classiques : #patisserie #chocolat #dessert #gateau

A.L. : “Pour moi mes 4 majeurs sont la #proximité (je suis une girl next door), l’#authenticité, l’#émotion, la #régularité du travail. Pour les tendances, c’est bien sur la cuisine “sans” (sans viande, sans gluten, sans ….), la cuisine aussi un peu régressive (cuisine doudou) qui réconforte en temps de crise, et puis le retour à des valeurs qui ont du sens (le bio, le local etc.)”

C.R. : “Le plaisir du goût, le flexitarisme, le manger sain mais gourmand et le voyage culinaire : un titre, un visuel, une ligne éditoriale”.

 

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Au niveau de l’éthique, quel est le  “point d’équilibre” entre marques et consommateurs dans votre activité ?

C.H-G. : “Je ne parle que des produits que j’aime et que je teste moi-même. Si un produit ne me plait pas, je n’en parle pas. Si je suis rémunérée pour parler d’un produit, je note “article sponsorisé” en bas de l’article.”

A.L. : “Je ne fais jamais quelque chose de rémunéré que je n’aurais fait gratuitement. Les marques doivent correspondre à l’univers éditorial de Papilles et Pupilles (pas de malbouffe, pas de régime) et avoir des valeurs communes avec celles du blog . Je refuse les 9/10 des propositions reçues.”

C.R. : “Je ne communique qu’autour des produits que j’apprécie vraiment, car j’ai envie de le faire. Si une marque me propose de communiquer autour d’un produit qui ne me correspond pas, je refuse, tout simplement.”


Quels sont les réseaux sociaux que vous utilisez en priorité et pourquoi ? Pourquoi s’être spécialisé sur ceux-ci. Quels sont les avantages de chacun pour votre développement ?

C.H-G. : “Le réseau que je privilégie est Facebook. C’est celui qui me génère le plus de trafic et qui me permets de communiquer de différentes façon (liens, vidéos, photos, statuts). Le second est Instagram, puis Pinterest et Snapchat. Snapchat me permet de toucher un public plus jeune. Je ne vais presque jamais sur Twitter, trop fouillis pour moi.”

A.L. : “Le blog a ma préférence car j’ai la maîtrise des contenus qui sont chez moi. J’utilise wordpress et je m’héberge. J’utilise Facebook pour les contenus à la fois chauds et froids (j’y publie aussi des recettes anciennes), Twitter pour ma veille, et Instagram pour les contenus plus “chauds”, en live. Et puis Pinterest est très important car les épingles vivent longtemps et sont pourvoyeuses de trafic.”

C.R. : “Tous les réseaux sociaux sont complémentaires et ont une utilisation différente. Je poste au moins 5 articles par semaine sur mon blog. Mon blog est en quelque sorte la “vitrine” de mes réalisations, à laquelle j’ai ajouté une newsletter hebdomadaire qui permet à mes followers de me suivre plus facilement au quotidien, sans être spamé.

Ces posts sont relayés sur ma page Facebook, qui regroupe une communauté différente. Ma page Facebook permet également de relayer facilement d’autres types de contenus : des évènements, des vidéos, des albums, des humeurs…

Instagram est une manière différente de consommer du contenu : l’instantané mais aussi la beauté des images. On aime regarder le flux d’images pour s’inspirer et suivre certains évènements.

Enfin, je relais également mes recettes sur Pinterest. Une belle base d’inspiration, qui permet de router de potentiels nouveaux followers vers mon blog.

Je suis également sur Twitter mais ce n’est pas ma cible de communication prioritaire. J’y relai des informations mais sans plus. Il semble que ce ne soit pas devenu un axe de communication majeur dans le domaine de la food comparé à celui de la politique par exemple.”

 

papilles et pupilles

 

Comment s’est créée votre communauté, y-a-t-il des bonnes pratiques associées à votre influence ? A l’instar d’une startup il a y une réelle stratégie derrière votre statut d’influenceur, quelles sont les grandes étapes ? Quelles sont les difficultés majeures ?

C.H-G. : “Non, il n’y a pas vraiment de stratégie ni de grandes étapes. Mon activité évolue en fonction de mes envies et de la demande. Je me suis lancée sur YouTube car le public est de plus en plus friand de vidéo. C’était une forte demande de ma communauté. Concernant les bonnes pratiques, j’essaie de répondre à chaque message même si c’est difficile car j’en reçois énormément.”

A.L. : “Cela a été assez spontané dans la mesure où j’étais une early adopter et donc je ne savais pas très bien où j’allais à l”époque. C’était plus instinctif. Les bonnes pratiques sont pour moi l’authenticité, la sincérité et la proximité comme je le disais plus haut. Je n’ai pas eu vraiment d’étapes décisives. Le blog a commencé il y a 13 ans et cela s’est fait au fur et à mesure. J’ai eu la chance d”avoir été au bon moment et au bon endroit et ensuite j’ai beaucoup travaillé. La difficulté majeure est pour moi de ne pas se perdre, de savoir dire NON et de garder la tête sur les épaules.”

C.R. : “Ma communauté s’est construite au fil de l’eau. A force de participer à des évènements et de rencontrer du monde, de participer à des opérations de communication avec des marques, la communauté grandit. Il n’y a pas réellement de grandes étapes ou de bonnes pratiques. Ce qui est le plus dur, mais qui fonctionne le mieux, est de se faire connaitre en participant à de nombreux évènements ou encore de partager son expérience au sein de groupes et de communautés en ligne. Les challenges sont multiples pour un influenceur avec en premier lieu la régularité et la qualité des contenus. Viennent ensuite le suivi des tendances et la proximité avec son audience qui doit se développer quotidiennement au travers de différentes interactions.”


Comment gérez-vous des commentaires négatifs sur les medias sociaux ?

C.H-G. : “S’il s’agit de commentaires comme “je n’ai pas aimé cette recette”, je les accepte bien sûr. Par contre, je supprime systématiquement les insultes et la diffamation.”

A.L. : “J’ai la chance de ne pas en avoir beaucoup. Quand cela concerne une recette, j”essaie de comprendre pourquoi la personne a échoué et de l’aider à réussir. Si c’est plus du “trolling”, la plupart du temps je ne réponds pas où essaie de répondre avec humour. Il m’arrive de dire que le coupable sera fusillé à l’aube demain matin :p A moins que ce ne soit insultant ou complètement hors sujet (le trolling politique par exemple), je laisse le commentaire et n’efface pas.”

C.R. : “Je les prends comme ils sont, chacun a le droit d’exprimer son avis même si certains commentaires ne sont vraiment pas agréables et justifiés. J’essaye de modérer les propos en exprimant mon avis pour expliquer mon point de vue et ma démarche. Heureusement, cela n’arrive que très rarement.”


L’étude montre que les followers attendent avant tout des idées pour mieux consommer. Êtes-vous d’accord avec ces résultats et est-ce que ceux-ci ont-ils un impact réel sur le comportement des consommateurs ?

C.H-G. : “Non, je ne suis pas vraiment d’accord, car ce sont toujours les recettes les plus grasses, sucrées et débordant de chocolat qui ont le plus de succès ! Sur mon blog, j’essaie de proposer de tout pour que tout le monde s’y retrouve.”

A.L. : “Oui, du moins en ce qui concerne mes lecteurs. APrès ce sont des gens qui s’ils me suivent s’intéressent un tant soit peu au contenu de leurs assiettes. MAis dans un monde d’infobésité, il est important d’avoir une sorte de référent, d’expert à qui l’on fait confiance.”

C.R. : “Oui, je suis tout à fait d’accord. Via les influenceurs, les consommateurs attendent avant tout d’être informé pour se faire un avis, de savoir comment utiliser un produit, ou trouver de l’inspiration autour d’un produit qu’ils aiment. Ils ne veulent absolument pas de pub ni de matraquage commercial, mais ont besoin d’un avis sincère d’une personne comme vous et moi qui ont testé le produit en question sans essayer de le « vendre ». C’est aussi la recherche du côté « humain ».”

 

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Pour vous, est-il plus utile, plus efficace de bien informer l’internaute, et de le conseiller, ou de lui proposer des offres commerciales telles que les codes promos ?

C.H-G. : “Je trouve qu’il est plus utile de le conseiller. Si le conseil vient avec un code promo, c’est encore mieux !”

A.L. : “Perso j’informe, je conseille et surtout je partage. J’ai du donner 3 codes promo en 13 ans de blog.”

C.R. : “Comme expliqué précédemment, il est beaucoup plus utile de les conseiller. D’ailleurs, les codes promos ne fonctionnent pas tellement bien de manière générale. Ce n’est pas ce que les gens recherchent auprès des influenceurs.”


A terme : comment voyez-vous l’évolution de votre engament et l’évolution du trio influenceurs – marques – consommateurs ?

C.H-G. : “Les marques s’intéressent de plus en plus aux influenceurs. Nous avons en effet des audiences qui dépassent parfois les médias classiques et nos lecteurs nous font confiance. Nous sommes “une vraie personne qui teste un produit”, pas un acteur qui joue dans une publicité. De mon côté, j’aime aussi travailler avec les marques car cela me permet de proposer un contenu plus varié à mes lecteurs : tests produits, découvertes de nouveautés, etc.”

A.L. : “J’ai beaucoup de mal avec les nouvelles pratiques d”‘achats de likes, de followers, de fans. J’espère que la professionnalisation des acteurs va nettoyer un peu l’écosystème.”

C.R. : “La stratégie de communication des marques va de plus en plus s’appuyer sur différents influenceurs en fonction de leurs atouts : côté ludique, expertise ou encore qualité de contenus.

Le discours direct et traditionnel des marques souffre aujourd’hui de la perte de confiance des consommateurs envers l’industrie et d’un discours parfois trop formaté. Par son positionnement de consommateur-communicant l’influenceur a une proximité particulière avec les consommateurs qui s’identifient plus facilement à lui. Grâce à ses tests et ses expérimentations, ses avis et ses critiques constituent souvent le premier prisme de lecture pour un consommateur et lui permettent de décider s’il va lui-même tester ou non un produit ou encore sa façon de construire son rapport à une marque.

De mon côté, je continuerai à utiliser ma double expertise en marketing et en cuisine pour aider les marques à identifier les thématiques pertinentes pour les consommateurs et à construire une ligne éditoriale, des recettes et des contenus originaux et ludiques.”


Que pensez-vous de l’étude ? Qu’est-ce qui vous a surpris lors de votre lecture? Au vue des résultats, aurez-vous des changement au niveau de votre activité et pour votre développement business ?

C.H-G. : “Je n’ai pas encore tout lu dans le détail mais ça me semble très intéressant ! Les différents sondages vont me permettre de mieux orienter mes choix. Je suis étonnée du nombre de personne qui suit un influenceur, c’est plus que ce que je pensais, ce qui motive encore plus !”

A.L. : “Je suis étonnée par ce chiffre : “44% des personnes qui suivent des influenceurs privilégient l’univers de la cuisine” car je pensais que c’était moins. La cuisine est en général considérée de façon bien moins sexy par les annonceurs que le “lifestyle”, la mode ou la beauté. Et pourtant …

Je suis étonnée aussi que Pinterest ne monte pas davantage (derrière Google + ?) . C’est pour moi un très beau réseau social, très qualitatif et je m’en sers personnellement beaucoup.

Concernant les changements, je n’en ai pas vraiment à prévoir.

C.R. : “Merci pour l’étude qui me semble intéressante et confirme la plupart de mes points de vues. Je ne suis donc pas surprise et cela confirme ce que je vous ai répondu. Je ne changerai donc pas ma manière de fonctionner 🙂

Une chose tout de même, il aurait été intéressant de préciser la notion de “Réseau Social” au départ, pour éclaircir vos points de vues et axes d’études car vous mélangez beaucoup de choses.”

 

Retrouvez l’étude et l’infographie de l’Argus de la presse | Groupe Cision

 

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Paul Damman, Assistant Marketing & Communication de l’Argus de la presse – @DammanPaul  @Argusdelapresse @CultureRP

 

 

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