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Interview de Pascal Le Guern, journaliste et formateur

4 juillet, 2018 4 juillet, 2018   4 juillet, 2018 0 commentaire

À l’occasion de la sortie du Rapport Cision 2018, Etat des medias dans le monde – étude menée par Cision auprès de 1 355 journalistes – Pascal Le Guern, journaliste et formateur à la prise de parole nous livre une interview quant à sa perception de l’univers actuel des médias, du journalisme et de son évolution.

 

Pascal Le Guern Portrait

La capacité à exprimer une idée est aussi importante que l’idée elle-même“. Pascal Le Guern

 

À propos de Pascal Le Guern :

Côté Face : il est journaliste et formateur.
Chroniqueur quotidiennement à France Info pendant 17 ans, il a été présentateur à Europe 1 après plusieurs années passées comme producteur à Radio France et Radio France Internationale. Il est également formateur auprès de grands groupes industriels pour des sessions de prise de parole en public, media-training, gestion de crise médiatique et Professeur en communication et gestion de crise en Master 2 MBA & MSc à l’INSEEC.

Côté Pile : il est prestidigitateur et mentaliste.
Auteur de 17 ouvrages sur la communication, l’Illusion, le Mentalisme (son dernier ouvrage : « Les secrets des mentalistes » – Editions Mazarine/Fayard), c’est un expert en paralangage.

Si vous deviez citer “LA” grande évolution du métier de journaliste ces 10 dernières années, ce serait laquelle ?

Outre l’utilisation des réseaux sociaux pour obtenir de l’information rapidement, c’est, je pense, la convergence et la fusion des différents médias : presse écrite, radio, télé, Internet. On n’écoute plus seulement une radio par exemple mais on la regarde sur Internet également si on le souhaite. On peut aussi aller sur le site Internet de la radio pour avoir des informations complémentaires, etc. Le consommateur a changé et les médias tentent de s’adapter. On parle d’ailleurs aujourd’hui de « media global » : l’information se développe sur tous les supports existants.

Comment cela a-t-il changé votre métier au quotidien ?

Un journaliste peut être amené à « nourrir » l’ensemble des différents médias. Un journaliste radio par exemple sait que les images de son interview en studio peuvent être réutilisées et doit donc en tenir compte (posture, attitude, etc.). Il ne se contente pas d’effectuer une interview mais alimente aussi le site internet de la radio en écrits ou en reportages plus longs. Une radio d’information en continu est constituée essentiellement de formats courts mais internet lui permet de développer l’information et de continuer à la faire vivre.

Quelle est la maturité des journalistes aujourd’hui concernant les réseaux sociaux ?

Aujourd’hui les journalistes sont friands de réseaux sociaux (surtout ceux d’information évidemment). Selon une récente étude de l’Agence de communication Gootenberg, 80% des journalistes sont sur Twitter. De nombreux journalistes utilisent également les réseaux sociaux pour contacter plus rapidement certaines personnes.

Comment les journalistes luttent-ils contre les fake news ? Y a-t-il des changements organisationnels au sein des rédactions ?

Aujourd’hui chacun peut diffuser de l’information sur internet (vraie ou fausse), chacun peut laisser des commentaires plus ou moins justifiés sur des hôtels, des restaurants, des produits, etc. Et cela de plus en plus ! Pour le grand public, comment faire le tri dans le flot continu d’informations qui sont à notre portée ? Même si un journaliste n’est pas parfait et qu’il n’est jamais à 100% objectif, son métier est d’informer de manière professionnelle, la plus exacte et objective possible. Finalement, dans cette « marée » d’avis, de fake news, de chaines You Tube, même si les journalistes ont perdu une partie de leur crédit ces dernières années, je crois que nous sommes là pour être les garants de l’information juste. Et pour un journaliste, la seule façon de lutter contre les fake news consiste à recouper l’information et à la vérifier le plus précisément possible.

À votre avis, quel est le plus gros challenge du métier aujourd’hui en France ?

  • Garder la confiance des lecteurs malgré les fakes news ?
  • Les atteintes à la liberté de la presse ?
  • La distinction floue entre éditoriaux et publicités ?
  • Les réseaux sociaux captant tout le trafic et l’attention des lecteurs
  • Le manque de personnel et de ressources ?
  • Autres

Plusieurs challenges. Ils sont tous importants mais je ne vais m’attarder que sur deux d’entre eux.
La presse est libre en France. Et la censure n’existe pas ou peu. Il n’y a plus de Ministre de l’Information comme dans les années 60, appelant tel ou tel Rédacteur en Chef pour lui donner des consignes. Mais plus pervers, c’est le règne de l’autocensure. Si je suis journaliste à TF1 (ou dans le Groupe), vais-je réaliser un sujet à charge sur Bouygues ? Gageons qu’en me tirant ainsi une balle dans le pied, je ne vais pas faire long feu en tant que journaliste dans ce média ! Si je suis journaliste à Europe 1, vais-je tirer à boulets rouges sur le Groupe Lagardère si ce dernier a des ennuis un moment donné avec la justice ? On peut là encore imaginer la case Pôle Emploi se rapprocher à grands pas ! Mais la liste est longue et peu de titres de presse écrite par exemple peuvent se targuer d’être aujourd’hui indépendants. Puisqu’une grande majorité de médias appartiennent aujourd’hui à des groupes privés, le résultat c’est l’autocensure du journaliste !

Sur la distinction floue entre éditoriaux et publicité, le grand public fait globalement la distinction entre les articles journalistiques et la publicité. En revanche, il fait très peu la distinction entre un article et du publi-reportage (lorsque l’interviewé paye le media pour avoir une interview). Cela est malheureusement renforcé dans certains organismes de presse lorsque la régie publicitaire n’est pas clairement séparée de la rédaction. A l’heure où la presse écrite par exemple souffre, comment brosser un portrait peu reluisant d’une entreprise qui par ailleurs a payé plusieurs milliers d’euros pour faire de la publicité dans votre journal ? C’est un vrai problème !

Pensez-vous que les lecteurs d’aujourd’hui et notamment la nouvelle génération, sont prêts à payer pour avoir de l’information ?

Oui. Pour avoir de l’information juste. Dans les méandres de données et d’informations en tous genres, la qualité de l’information fournie est alors essentielle !

IA et journalisme : qu’en pensez-vous ? Auriez-vous des exemples de cas où le journalisme aurait intégré l’intelligence artificielle ?

Effectivement, il existe aujourd’hui des logiciels capables de rédiger des articles de presse. Vous leurs donnez des infos brutes et ils vous rédigent un article. Cela n’est pas encore parfait mais les technologies vont très vite ! Déjà depuis plusieurs années, on peut dicter l’information sur l’ordinateur qui écrit tout seul. La reconnaissance vocale fonctionne très bien maintenant. La radio et la télé me semblent épargnées pour le moment par l’IA. Mais à quand des personnages de synthèse présentant les infos ? Demain ? Dans 10 ans ? Les journalistes vont devoir continuer à faire évoluer leur métier.

Vous êtes aussi formateur en prise de parole en public, « Oser parler et persuader en public » est devenu aussi important que l’écrit. Quels sont les enjeux de la prise de parole en public et les différentes composantes du média-training ?

Savoir parler en public et briller à l’oral est une clé importante aujourd’hui dans toutes les entreprises. C’est l’un des accélérateurs lorsqu’on veut gravir les échelons ou gagner des marchés. Pourtant, chaque année je forme des centaines de personnes à la prise de parole et je m’aperçois que ce qui devrait être simple ne l’est pas ! Parler, c’est facile et on le fait tous les jours en famille, avec des amis, au bureau, au café, etc. mais dès qu’il faut prendre la parole face à plusieurs dizaines de personnes (réunions, séminaires ou même rendez-vous familial pour un petit discours), on perd nos moyens. La gestuelle a disparu, la voix est blanche, les yeux sont fuyants, les idées s’embrouillent, le cœur bat la chamade !
Et le problème ne remonte pas à hier : nous n’avons en réalité jamais appris à parler en public durant nos études : ni en primaire, ni en secondaire et très rarement ensuite. Bien sûr nous avons récité des poèmes, bien sûr nous avons proposé des exposés en classe… mais combien de professeurs nous ont donné des conseils de forme ? Aucun ! Et pourtant quels sont les orateurs qui vous marquent dans votre vie ? Ceux qui ont le charisme d’une huitre, qui regardent leurs chaussures, qui lisent leurs fiches, qui débitent des propos d’un ton morne et monocorde ?

On nous annonce un Grand Oral en classe de Terminale. Excellente idée ! Mais quel est le prof qui va pouvoir donner des conseils concrets aux élèves pour briller à l’oral autrement que par les messages, autrement que par le fond ? La forme est indispensable pour mettre en valeur les messages. L’un ne va pas sans l’autre !

Quant au media training, c’est l’entrainement aux médias. C’est mieux comprendre le monde de la presse et mieux appréhender les journalistes : leurs attentes, leurs besoins, leurs contraintes et leurs exigences. C’est aussi s’entrainer pour ne pas être déstabilisé par certaines questions et être capable de répondre au mieux aux interviews.

 

Merci Pascal 🙂

 

Marc Michiels / @Michielsmarc : 
Rédacteur en chef de publication de Culture RP depuis 2016), chargé de l’éditorial et Community Manager depuis 2011, L’Argus de la presse | Groupe CISION

 

 

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