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Les fake news, et si ce n’était qu’une simple diversion !

5 novembre, 2018 5 novembre, 2018   5 novembre, 2018 0 commentaire

La rumeur n’est en réalité que le plus vieux média du monde !

 

« Le terme de fake news doit permettre à tout un chacun de comprendre
que le monde a basculé dans l’ère de la post-vérité » – Caroline Faillet –

 

Depuis la nuit des temps, l’homme est fasciné par les histoires. Qu’elles soient vraies ou fausses, ce qui a toujours compté pour nous est la manière dont l’orateur raconte, communique et transmet le récit. Si le langage nous a permis de nous développer, c’est bien dans la communication de ces mots que nous nous sommes transcendés. Pour échanger, pour plaire ou pour asseoir sa domination singulière sur les autres, sur une communauté plus large, l’homme a toujours eu recours aux histoires enjolivées.

La fausse information a toujours existé, elle a juste changé de nom (Hoax, désinformation…) et de techniques de diffusion. Le sujet même de la vérité reste aujourd’hui sensible car non résolu et troublé par ce que l’on nomme « l’infobésité » venue du web. Les fake news, ou “infox” en bon français, doivent nous interroger sur la place que nous avons envie d’exercer dans l’espace démocratique. Le flot continu du bruit ne doit pas nous séduire, mais nous interroger sur la véracité ou non d’une information. Face aux tentations des infos pièges à clic, le décryptage de l’information reste notre meilleure défense.

Caroline Faillet, avec la collaboration de Marc O. Ezrati, on publié un nouvel ouvrage intitulé « Décoder l’info, comment décrypter les fake news ? » aux Editions Bréal. Un livre proposant une radiographie du phénomène des fake news.

Caroline Faillet pour Culture RP

Culture RP a donc naturellement voulu demander à Caroline Faillet de nous présenter les enjeux stratégiques de ce phénomène. Savoir s’il faut s’en inquiéter, comment lutter face à sa propagation et si selon elle la « réalité » démocratique et économique est en danger.


Caroline Faillet, question simple mais utile pour appréhender ce phénomène : Qu’est-ce qu’une fake news ?

Au sens propre, la fake news est une information factice émanant de sites qui se font passer pour des médias d’information. Mais le terme de fake a été traduit en français par « faux », au sens d’inexact et a pris une acception plus large qui englobe tout ce que le web recèle de faux et usage de faux. Fake news devient en conséquence synonyme de désinformation assistée par ordinateur.

 SAVE THE DATE

Mercredi 14 novembre 2018

Influenceurs nous ne sommes pas
des hommes sandwichs

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D’une manière générale quel est le circuit de la fake news ?

La fake news est un contenu qui peut émaner de différents types de faussaires. J’en ai catégorisé 4 dans l’ouvrage : le pro de l’intox dont la motivation à falsifier l’information est pécuniaire ; le troll en second lieu pour qui la fake news est un moyen de pratiquer son jeu favori, la polémique ; le croyant qui utilise la fausse nouvelle pour promouvoir son idéologie, la version extrême étant le complotiste ; le faussaire ordinaire enfin, à savoir vous et moi qui propageons des rumeurs pour le bénéfice psychologique qu’elles nous procurent.
Voici par exemple l’argumentaire extrait d’un site de fake news qui montre comment ces sites exhortent les internautes au grand déballage :

« Les sites de fake news sont utilisés par les lanceurs d’alerte pour garantir leur anonymat. Vous aussi, si vous avez des informations sensibles à faire diffuser, utilisez les sites de fake news pour diffuser votre opinion. Faites connaître votre opinion, témoignez de vos enquêtes et documentations sur les dossiers qui préoccupent la population. N’hésitez pas à utiliser les outils qu’internet met à votre disposition pour diffuser vos idées qui peuvent aider le peuple à se faire sa propre idée du monde. »

La deuxième étape du circuit de la fake news est la propagation massive par les réseaux sociaux, accusés du coup d’être les principaux tremplins des manipulations de masse. Fake news et plateformes sociales forment en effet une symbiose heureuse : les unes profitent d’un algorithme de ciblage pour toucher rapidement toutes les personnes qui se sentiront concernées par un sujet, au sein des fameuses bulles informationnelles ; les autres ont besoin de contenus susceptibles de capter l’attention et les clics des communautés afin de retenir les utilisateurs pour faire tourner leur modèle économique.

La troisième étape du circuit est celle de l’accréditation par les grands médias. Beaucoup d’appelées, plus d’élues pour ces fake news, puisque les médias font bien évidemment un travail de vérification qui permet de filtrer l’essentiel des intox grossières ou sulfureuses. En revanche, sur certains types de fausses informations en provenance des croyants, les journalistes font souvent malgré eux office de blanchiment de l’information sale. En effet, la science n’échappe pas au business de l’intox et nombre d’études à la validité douteuse trouvent écho auprès des médias. Par souci de confronter science contre pseudo science comme on oppose PS contre LR sur un plateau, les médias offrent une caisse de résonance formidable aux fake news, d’autant que le concept de « lanceur d’alerte » fait généralement bonne presse. D’autres supports numériques comme Wikipédia viennent ensuite officialiser pour longtemps la fake news, en lui offrant une visibilité maximale dans les recherches d’information des internautes.

L’étape ultime dont rêve tout faussaire est l’institutionnalisation finale du mensonge, quand une décision politique vient, en général au nom du principe de précaution, s’appuyer sur des fondements totalement irrationnels mais désormais trop bien ancrés dans les esprits de notre démocratie d’opinion.

Fake news: comment s’y préparer?
Lire l’article

Peut-on combattre la désinformation en associant journalistes et internautes pour produire de l’actualité ?

Aujourd’hui journalistes et internautes coexistent dans ce grand marché de l’information dérégulé, et l’on ne peut dénier à personne ce droit de produire du contenu et le diffuser, même si c’est effectivement propice aux fake news. Cela renforce le devoir de vérification des journalistes et leur confère un double rôle : 1) celui d’enquêter sur demande au service d’une sentinelle citoyenne à l’affût des fake news, 2) celui de produire les articles d’investigation que les citoyens vont pouvoir utiliser pour leur propre travail de fact-checking auprès de leur audience. Voilà qui serait un exemple de collaboration fructueuse entre internautes et journalistes.

« Les progrès dans l’informatique visuelle, dans la reconnaissance vocale et l’alliance maudite de l’IA
et des fake news pourraient conduire à cette infocalyspe, l’apocalypse informationnelle promise
par les plus pessimistes des observateurs. » – Caroline Faillet –

Le contenu lui-même est menacé par l’industrialisation du fake, se dirige t-on vers des fake news indétectables ?

Oui clairement : des vidéos de discours politiques montées de toutes pièces, des logiciels transformant une photo de nuit en photo de jour, de faux témoignages de panique créés par des intelligences artificielles circulant en masse, tout est déjà possible. La phase dans l’histoire où nous avons disposé d’images et de vidéos comme preuves irréfutables d’une information et diffusées par un nombre limité de médias accrédités restera une parenthèse. Nous voilà comme rebasculés dans le monde de l’oralité, quand la rumeur n’avait d’autre limite que celle de l’imagination des hommes et circulait de bouche à oreilles sans organe de vérification. Je ne suis pas aussi pessimiste que ceux qui nous prédisent l’infocalypse puisque l’humanité a déjà connu cela. D’autant qu’il y a tout de même une différence essentielle avec ces périodes reculées, c’est que la technologie apporte le remède à son propre poison. Pour la première fois dans l’histoire de la désinformation, nous avons les moyens de mesurer l’impact des rumeurs sur l’opinion, nous avons la possibilité de tracer le parcours numérique de l’internaute et de comprendre comment, sur un sujet donné, il finit par se forger une opinion ou signer une pétition en se basant sur des fake news. C’est précisément le métier de mon cabinet BOLERO. Notre activité et nos clients peuvent donc témoigner que les fake news ne sont pas une fatalité si l’on surveille le poids de ces rumeurs dans le processus décisionnel de l’internaute.

Pourquoi est-il important de mettre en place une éducation positive aux médias pour développer l’esprit critique du public ?

Plus qu’une éducation positive aux médias qui me paraît restrictive, je préconise pour ma part une éducation aux techniques linguistiques de manipulation. Car la désinformation peut venir de n’importe où et non pas seulement d’un site d’intox : de blogueurs, de youtubeurs, voire d’un président des Etats-Unis, c’est dire ! Dans cette immense agora qu’est devenue le web, je voudrais réhabiliter la rhétorique et la dialectique qui ne sont plus enseignées en France depuis le début du XXème siècle et qui sont pourtant les armes indispensables du citoyen pour affronter le sophiste, celui qui exploite habilement nos biais cognitifs pour nous manipuler.

La publication de votre ouvrage est un cri d’alarme, selon vous faut-il protéger notre perception du réel ou bien engager une lutte pour notre propre liberté ou les deux ?

La publication de mon ouvrage est une invitation à rechercher les vrais coupables de ce phénomène des fake news. Dans ma lecture des différents articles sur les fake news depuis deux ans, dans les propos des politiques, je voyais accusés à tour de rôle :

– les officines du mensonge, ces fabriques de l’intox vues plus haut,
– ou bien les réseaux sociaux, cette arme de manipulation massive
– ou encore l’ignorance des populations, victimes naïves qu’il faudrait éduquer aux médias.

Pour moi les vrais responsables ne sont pas à rechercher du côté de ceux qui émettent ou de ceux qui propagent mais plutôt du côté de ceux qui détiennent des informations fondamentales pour contrer les fake news et qui n’ont toujours pas adopté les codes du numérique pour porter leurs messages. Ce sont les acteurs de la connaissance : journalistes, experts, autorités scientifiques, économiques ou politiques… qui sont coupables, non de leurs actions mais de leur inaction. Les experts se targueront peut-être d’avoir créé des sites Internet, d’avoir fourni des rapports et produit des brochures ! Des contenus cachés sur des sites d’Académie, illisibles pour Mme Michu et invisibles sur Google n’auront que peu d’influence. Face à ce phénomène qui peut en effet nous conduire à l’obscurantisme en sciences ou au populisme en politique, nous avons le devoir moral d’être tous des fact-checkers.

 

 

Marc MichielsRédacteur en Chef.

 

 

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