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L’IA, un outil connecté au service de l’humain

2 décembre, 2019 2 décembre, 2019   2 décembre, 2019 0 commentaire

#JaimeLaPresse

«  L’intelligence, ce n’est pas ce que l’on sait,
c’est ce que l’on fait quand on ne sait pas !  »
Jean Piaget.

L’I.A interpelle notre raison à vivre ensemble, dans notre organisation sociale, sociétale, technologique et philosophique. Quel sera notre monde futur si l’intelligence n’est plus l’exclusivité propre de l’Homme multiple et complexe ; mais qui laisse l’espace des décisions subjectives à un algorithme ayant pour but de rendre simple l’émotion ressentie ? Le but recherché n’est pas de prendre le contrôle sur l’intelligence mais bien d’établir un paradigme complexe et ambigu permettant de rendre captives et libres nos émotions ! Et ainsi prendre le « pouvoir » sur ce qui pour l’instant fait encore notre différence, entre nous les Hommes et les machines : à savoir notre cœur, l’émotion!

Nous sommes sans le savoir, entrés dans la continuité d’un monde : « À la recherche du temps perdu… ».  Entre un espace en mouvement, fantasmé et structuré, toujours entre l’intériorité et l’extériorité ; pour sans doute nous diriger vers un temps retrouvé, celui de la quête du sens !

Culture RP a voulu connaître l’avis d’une experte, Delphine Sabattier, journaliste Tech IA & Humains, Enseignante à l’EFJ, ex-Directrice éditoriale de 01net.com, 01netTV, chroniqueuse sur RMC, BFM business et BFMTV…

Que gardez-vous de ces années passées ? Quel a été le plus beau jour de votre vie pro ?

Je n’ai pas le sentiment d’avoir une vie passée et une autre différente à venir. Plutôt celui d’un parcours exploratoire dans un monde qui se conjugue en permanence au futur, celui des nouvelles technologies.

J’ai appris à me mettre dans une position d’écoute, en quête du moindre bruissement, peut-être  l’annonce d’un prochain séisme. Les micro-secousses qui m’intéressent ne débouchent parfois sur rien, mais d’autres créent des mutations profondes de notre société.

Je me souviens, par exemple, qu’en 2002, le jour où j’ai découvert, dans un petit salon haussmannien transformé en tanière de geeks, la première box au monde, la Freebox, j’ai senti que je tenais quelque chose de très nouveau entre mes mains, qui allait avoir une résonance extraordinaire. Je ne savais pas précisément quoi, comment, à quel point l’arrivée de la box allait faire exploser le monde des télécoms, nos consommations web, les loisirs numériques… J’avais cependant cette intuition qu’on était au début d’une grande histoire. Et je n’ai plus jamais lâché le fil.

C’est le même genre d’émotion que j’ai ressenti en interviewant un couple de Français qui avait « quelque chose de plus que vous : l’ADSL ! ». Pour moi et mes confrères de Science & Vie micro, ils étaient plus que des internautes à haut débit illimité : ils représentaient une nouvelle génération de citoyens.

Je pourrais vous parler aussi de la naissance du e-commerce ou de révolutions ratées, comme le Wap sur mobile, avant le surgissement de l’iPhone… 

Ces grands moments, marqueurs de l’histoire des nouvelles technologies, m’ont appris l’importance de prendre au sérieux l’innovation, d’en évaluer les enjeux et les impacts possibles. Cela peut sembler paradoxal mais c’est cette curiosité nourrie à l’enthousiasme, qui permet d’avancer plus prudemment dans l’avenir.

Tenter de comprendre au plus tôt ce qu’il est en train de se jouer et le faire savoir avec la plus grande honnêteté, ça pourrait être ma lettre de mission.

Dans le domaine des technologies, cela engage d’avoir un sens aigu de la vulgarisation. J’adore cela, permettre au plus grand nombre d’envisager les transformations avec une lucidité !

Quels seront les rôles et impacts de l’Intelligence Artificielle dans nos mutations professionnelles, humaines et éthiques, les missions et évolutions du métier de journaliste à l’avenir : transformation ou mutation ?

Aujourd’hui ce que l’on peut voir de l’intelligence artificielle, c’est un nouvel outil. Une boîte à outils, plus exactement, qui donne à la transformation numérique un grand coup d’accélérateur. 

Plus concrètement, l’IA permet de gagner en compréhension sur un sujet, d’affiner nos analyses, de valider plus solidement des prédictions de tendance, d’ajuster des prévisions. Rien de magique, juste un bond technologique pour éclairer des prises de décision. 

Pour le journaliste, par exemple, l’IA peut accroître sa capacité à collecter des informations, élargir son champ de veille. Elle peut aussi lui permettre d’automatiser certaines tâches rédactionnelles. On a vu son utilité pour proposer très vite et de manière factuelle des comptes-rendus sportifs, ou des résultats de vote les soirs d’élections.

L’IA, c’est aussi pour le journaliste un gain de temps potentiel : en transformant des interviews orales ou des notes dictées en texte, grâce à la reconnaissance vocale sans cesse améliorée par le machine learning. 

La crainte de la disparition du journaliste humain, ou plus largement du remplacement de l’homme par la machine, est en revanche une extrapolation qui relève du fantasme. L’IA n’a d’intelligent que le nom. D’aucuns regrettent d’ailleurs que l’on parle « d’intelligence », créant ainsi un imaginaire loin de la réalité. Ce n’est pas inintéressant toutefois, car il me semble qu’il est bon et sain de se poser régulièrement la question de la place de l’Homme dans la société et de nos valeurs humaines. 

Reste que l’IA n’est rien d’autre qu’un nouvel outil à notre disposition, un assistant performant, mais encore entièrement dépendant de nous. L’IA n’est rien sans les données qu’on lui fournit, les retours qu’on lui fait sur ses résultats, les mises à jour et autres ajustements permanents. 

On parle beaucoup des montées en compétences liées à l’intégration de l’IA dans les métiers. On oublie parfois trop vite qu’elle crée aussi de nouveaux ouvriers du digital, qui préparent les données, éduquent les logiciels en cliquant sur des photos, des mots…

Quelle distinction faites-vous entre celui qui écrit des articles et le support qu’il soit numérique ou non ?

J’ai souvent entendu : « Il n’y a pas de grands journalistes, uniquement de grands journaux ». Bien que ce soit provocateur, je dois dire que je suis assez d’accord au sens où le journaliste – même s’il est indépendant, pigiste pour plusieurs titres- écrit toujours pour un média. 

La plume et le sujet ne font pas tout. Il y a aussi tout un travail à réaliser sur le format et la manière dont on va passer nos informations. A qui s’adresse-t-on ? Comment parle-t-on à notre lecteur-auditeur-spectateur pour être compris, entendu ? 

Le journaliste ne peut pas s’extraire de la ligne éditoriale du média pour lequel il prépare son article. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas travailler pour plusieurs titres, porter des points de vue différents, envisager des narrations variées… mais chaque article doit être réalisé en accord – en conscience – avec la ligne du média qui va porter l’information jusqu’à son destinataire. Sinon, elle n’arrivera pas à bon port. Dans ce cas, à quoi bon ?  Autant parler d’un papier raté

Quelles seront les « intermédiations » possibles entre le journaliste et les agences de relations publiques ?

La tendance est à la désintermédiation mais cela ne veut pas dire qu’on tend à s’éloigner, ou à virtualiser les relations. Je crois beaucoup au modèle de plateformes, porté par le numérique. Des plateformes de mises en relation directes, qui pourraient servir de lieu de partage d’informations, de chiffres de marché, d’analyses, de communiqués, d’illustrations, mais aussi de contacts avec des experts disponibles selon les sujets.

Dans ce nouveau schéma, le métier d’attaché de presse garde toute sa place, à condition de se positionner comme partenaire, plutôt que simple intermédiaire. C’est là, à mon avis, la grande valeur ajoutée de ce métier qui va vivre la désintermédiation numérique comme tous les autres.

Nous connaissons déjà des exemples de plateformes utilisées par les RP et les journalistes – je m’en sers moi-même-, mais on peut aller plus loin dans la démarche que ce qui est proposé aujourd’hui. 

Aider les journalistes dans leur veille informationnelle, les aider à trouver ce qui peut les intéresser dans les communiqués, à accéder aux interlocuteurs les plus pertinents au regard de l’angle du sujet choisi et de la ligne éditoriale du média… on voit bien que tout cela dépasse la simple médiation.

Il est intéressant également dans ces métiers de regarder de près comment adopter les outils d’intelligence artificielle pour affiner le travail auprès des journalistes, offrir des services enrichis et davantage personnalisés.

L’indépendance est-elle nécessairement financière, un journalisme de solution est-il possible en France malgré tout ?

L’indépendance financière… il faudrait définir plus précisément cette expression. Tout dépend de qui ou de quoi le média dépend économiquement : d’une aide publique ? des abonnements de ses lecteurs ? de l’audience ? des publicités ? d’un actionnaire intrusif ? La question du business model reste posée dans les médias, et le restera vraisemblablement encore quelques temps.

En fait, je pense que nous ne pouvons plus parier sur des modèles figés. Une façon de garder la tête hors de l’eau est sans doute de rester le plus agile possible, de multiplier les sources de revenus. D’ailleurs c’est ce que font les médias aujourd’hui, tout comme les journalistes indépendants. 

L’indépendance qui compte, c’est celle qui relève de la qualité de l’information. L’exigence éditoriale n’est pas négociable. 

Quant au journalisme de solutions, j’ai l’impression d’avoir toujours baigné dedans ! Que fait-on d’autres quand on part à la chasse aux nouveaux outils, nouveaux services ou modes d’organisation ? Le journalisme « tech » est un journalisme de solution.

On le cantonne malheureusement trop souvent – en tout cas dans les médias les plus généralistes – à des conseils conso ou à la recommandation de produits. Je ne crois pas non plus qu’il suffise de faire béatement rêver les spectateurs devant des gadgets futuristes délirants. C’est distrayant, soit, mais cela interdit trop souvent d’adresser le sujet qui importe vraiment : savoir comment cette innovation va évoluer, quel impact elle aura sur notre quotidien, nos relations, notre travail, à la maison ? Comment nous préparer à réussir notre mue vers une nouvelle génération, voire de nouvelles humanités ? Même les petits sujets légers sont l’occasion de se poser les bonnes questions. C’est tellement dommage de s’en priver !

Dans cette perspective et prospective, pourra-t-on espérer reconstruire une relation de confiance ?

Je crois que toute la profession est sur le pied de guerre quant à cette question de « reconstruction de la confiance ». Cela demande beaucoup de professionnalisme, de vigilance et aussi de transparence.

On doit par exemple réapprendre à expliquer ce que l’on fait. Présenter clairement les valeurs portées par notre média, partager notre ligne éditoriale avec notre audience, faire connaître nos marqueurs et nos différences, rappeler les missions que l’on se fixe à la fin des articles… 

Il existe plusieurs pistes pour se présenter de manière beaucoup plus transparente que ce que l’on fait aujourd’hui.

L’autre levier, c’est d’engager les lecteurs, les écouter, apprendre à mieux les connaître. Surtout rester « connectés » à eux, à la réalité. 

Cela peut passer par des nouvelles façons d’exercer notre métier. Partager ses observations lors de conférences, par exemple, c’est un autre moyen de transmettre, face au public, de manière très directe. J’aime beaucoup cet exercice. 

Comme celui de travailler avec des étudiants, que j’emmène sur des événements pour leur donner le goût du terrain. On ne peut embrasser ce métier en restant derrière un bureau ou un plateau TV. 

Personnellement, la confiance, j’essaie de l’instaurer en allant à la rencontre de l’autre. 

L’innovation passe-t-elle forcément par l’intelligence artificielle, une intelligence collective humaine, des cobots ou robots collaboratifs : 1 + 1 = 3 n’est-ce pas cela l’intelligence ? »

L’innovation n’est pas qu’une affaire de technologies, elle peut être également sociale. En l’occurrence, ma conviction est que les deux sont liées intimement. Et vous avez raison de parler en même temps d’intelligence artificielle et d’intelligence collective. Les deux ne s’opposent pas du tout. J’ai récemment conçu une conférence sur cette approche qui mêle les deux sujets afin de faire la démonstration que l’une ne peut fonctionner sans l’autre.

L’IA n’est pas intelligente, mais elle est peut être utile à notre intelligence, et c’est de cette dernière aussi qu’elle se nourrit. 

C’est dans l’interaction entre IA et intelligence humaine que 1+1 = 3.

Enfin Delphine, quels sont vos espoirs, ce que vous souhaitez porter et développer pour que nous gardions cette part d’humanité qui fait parfois défaut à nos sociétés contemporaines avec ou sans intelligence artificielle, car nous le savons, nous n’avons pas besoin de cela pour nous détruire !

Je souhaite développer les conférences et débats autour de ces nouveaux enjeux du numérique. Participer à la vulgarisation des technologies pour aider chacun à prévoir les mouvements à venir, et interroger le changement plutôt que le subir. Je prépare également des formats audiovisuels qui donnent la parole à ceux qui font et pensent les mutations technologiques. Nous aurons l’occasion d’en reparler ensemble, je l’espère.

Je suis très heureuse de travailler désormais à mon compte, je considère que c’est une occasion exceptionnelle de déployer mon métier sous de multiples facettes. 

Conférences, écriture, TV, podcasts, formations… C’est ma façon à moi de placer l’humain au cœur des révolutions technologiques. Pour que la société bouscule, chahute, influence la technologie, et pas seulement l’inverse !

Marc MichielsRédacteur en Chef.

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