Solution pour le journalisme : Journalisme de solutions

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Tribune Morgan Belouassaa, journaliste chez Libération : Comme le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme, les journalistes sont les chiens de garde de la démocratie.

#ParoledeJournaliste

Pour regagner la confiance du public, les journalistes doivent d’abord défendre leur métier. Il faut le rappeler sans cesse : décriée, critiquée, méprisée, notre activité reste néanmoins une nécessité d’utilité publique au service des citoyens.

Morgan Belouassaa, journaliste – Libération.

Les journalistes, c’est un fait regrettable mais indiscutable, ont souvent mauvaise presse.

On condamne sans nuances « les médias », la « pensée unique », le pouvoir indu des « sachants », on s’appuie sur des erreurs très réelles, mais rares, pour jeter l’opprobre sur une profession tout entière. Les conséquences de ce discrédit sont graves. En ces temps de défiance générale, de discrédit des institutions, de rejet de la classe dirigeante, la désinformation, les rumeurs, les « fake news » sont partout, sans même parler de « complotisme », avec une virulence décuplée par la puissance des réseaux. L’épreuve que nous traversons est inédite depuis la fin de le seconde guerre mondiale. Elle désoriente l’opinion, met à mal la parole publique, ouvre la voie à tous les démagogues.

Pour regagner la confiance du public, les journalistes doivent d’abord défendre leur métier.

Il faut le rappeler sans cesse : décriée, critiquée, méprisée, notre activité reste néanmoins une nécessité d’utilité publique au service des citoyens. Rappelons aussi tout simplement qu’il n’y a pas de démocratie sans la liberté de la presse.

Le besoin d’informations, d’analyses et de décryptages scientifiques, économiques ou géopolitiques, d’interviews d’experts, mais aussi de contributions de chercheurs, politiques, écrivains ou philosophes se font sentir d’autant plus en cette époque troublée. C’est une activité essentielle, et même une nécessité, que de fournir une information fiable, rigoureuse et indépendante afin de continuer de faire vivre les idées et de confronter les points de vue. Notre fonction est de relayer les faits le plus honnêtement possible, de rapporter et hiérarchiser les événements au plus près de la réalité. Il est capital d’animer le débat public, d’abord par l’investigation, par les reportages, et le travail d’écriture, ensuite par la discussion ouverte.

Comme le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme, les journalistes sont les « chiens de garde de la démocratie ». Mais ils doivent aussi aller plus loin pour se rapprocher de leurs lecteurs : non seulement « porter la plume dans la plaie », selon la formule d’Albert Londres, mais aussi rechercher, avec les citoyens, les moyens, les expériences, les exemples propre à soigner les maux qu’ils dénoncent. Le journalisme de récit, d’enquête, de réflexion, doit ainsi être complété par un genre plus neuf et plus positif, qui facilitera la réhabilitation de ce métier essentiel à l’équilibre de la démocratie : le « journalisme des solutions ». Rêvons un instant : et si le « chien de garde » qui alerte sur les problèmes pouvait aussi orienter le débat vers des mesures, des politiques, des actions concrètes à améliorer la situation de la société ? 

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Le « chien de garde » deviendrait aussi une tête chercheuse et un relais de propositions aussi diverses qu’adaptées.

Et si, aux faits d’actualités, il ajoutait une enquête rigoureuse sur les différentes solutions apportées pour donner une vision plus équilibrée et plus précise du monde qui nous entoure, en présentant un éventail d’initiatives en réponse à une situation donnée, sans tomber dans le militantisme ou dans le journalisme lénifiant ? Dans un souci d’esprit critique il veillerait également à souligner les limites des solutions évoquées.

Ce nouveau type de journalisme a émergé depuis quelques années.

Le « solutions journalism network » est né en 2013 aux États-Unis. Il vise à promouvoir des solutions possibles aux problèmes de notre société. Des journalistes du New York Times ont développé une méthodologie pour aider leurs confrères à appréhender le journalisme de solutions et à présenter une couverture rigoureuse et pertinente des réponses sélectionnées.

Diligenter des enquêtes, creuser les enjeux de société pour réveiller et entretenir la conscience collective telle est l’une des missions de ce journalisme « positif ». En France, l’association « Reporters d’espoir » s’efforce de promouvoir ce nouveau journalisme, en s’associant à divers journaux pour proposer reportages et enquêtes anglés sur la recherche de solutions. Libération leur donne écho chaque année dans son numéro spécial « Libé des Solutions ». L’arrivée de nouveaux médias indépendants et à prix libre comme « Impact(s) » confirme cette tendance qui se développe.

La pratique du métier ne change en rien, seul le regard est différent. Le problème est toujours évoqué mais il est associé à une initiative qui lui répond. Par cette approche, le lecteur se sent impliqué et réagit à une situation donnée. Il est primordial de souligner les initiatives qui illustrent les engagements, les aspirations, et les convictions qui animent le pays grâce à un traitement de l’information résolument positif et porteur d’espoir. Par ailleurs le lecteur est invité à consulter plus d’articles du même média et du même journaliste ; un véritable bénéfice pour la presse qui renforce le lien avec ses lecteurs.

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Un enjeu majeur, à l’heure où la société doit affronter le défi du changement climatique et de la transition sociétale.

Par ce moyen, qui vient enrichir la pratique du métier, la presse pourra exercer de nouveau son rôle, dans sa pluralité et sous l’œil critique de ses lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, celui d’un contre-pouvoir décisif. Souvent le chien de garde a le sentiment d’aboyer en vain. Mais tant qu’il y aura des citoyens soucieux de défendre la liberté et de résoudre les difficultés collectives, seraient-ils minoritaires, il se fera entendre.

Marc Michiels

Marc Michiels

Rédacteur en chef : Donner la parole à l’autre sous la forme d’une tribune, une interview est en quelque sorte se donner à lire, comme une part de vérité commune… / Retrouvez-moi sur LinkedIn

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